D. N. HIEN-Burkina Faso: l'administration publique face au défi de la sécurité
Petit à petit, L'administration publique Burkinabè retrouve son autorité.
2011 a été une année on ne peut plus particulière dans l'histoire du Burkina Faso.
Le pays tout entier a été secoué par une crise sociale sans précédent suite au décèsde l'élève Justin Zongo; décès survenu à la suite de sévices corporelles infligés par des agents de la police nationale.
Cette bavure policière sera à l'origine des mouvements sociaux entraînant par endroit, le saccage de plusieurs commissariats de police sur le territoire national.
le point culminant de cette crise a été sans conteste la mutinerie des différentes garnisons militaires et des fonctionnaires de police courant avril mai 2011 mettant en péril la paix, la sécurité et la stabilité du pays en tant que« biens publics» qu'ils étaient censés assurer en s'écartant ainsi du principe de la primauté du droit dans un Etat de droit.
Partant du postulat que« la plupart des biens publics sont ceux que procurent les autorités et les administrations» le doute commençait à s'installer sur l'existence de l'autorité de l'État.
En effet, les agents devant assurer la paix et la sécurité des populations, communément appelés forces de l'ordre, s'étaient transformés en force de« désordre» semant sur leur passage, humiliation , désolation, viol vol et j'en passe, défiant du même coup l'administration publique dans son rôle de substituer l'ordre à l'anarchie .
Fort heureusement, des techniques d'enquête ont permis au cours de la période d'accalmie d'interpeller des mutins militaires dont 566 seront radiés des rangs de l'armée nationale par arrêté numéro 2011- 160 /MDNAC/CAB portant résiliation de contrats de militaires des forces armées nationales du 7 juillet 2011.
Aussi, deux cents environ croupissent en ce moment dans une maison d'arrêt dans l'attente d'être jugés par le tribunal militaire.
le Faso.net dans sa parution du jeudi 8 mars 2012 fait allusion à la révocation de 136 fonctionnaires de police, au blâme de 32 autres, à deux avertissements et enfin à la mise à la retraite d'office d'un policier.
Ces sanctions entérinées par le conseil des ministres du mercredi 7 mars, ont été proposées selon l'article ci dessus cité, par un conseil de discipline ad 'hoc crée à cet effet.
Il fallait naturellement s'y attendre à l'image de ce qui a pu être prise comme décision contre les militaires car il ne s'aurait y avoir de justice pour les uns et l'impunité pour les autres.
La paix, la sécurité et la stabilité constituent des biens publics qu'ignorent beaucoup de citoyen. En mai 2012, le chef d'état major général des forces armées déclarait sur radio France internationale que «le Burkina Faso est devenu une destination non fréquentable, faisons en sorte que notre pays retrouve son image d'entant...». c'est à dire le retour à la paix, à la stabilité et comme le dit si bien Tremblay, PP dans l'État administrateur, modes et émergences, Sainte-Foy: Presse de l'Université du Québec, p.15 « ... Quand la paix règne, tout le monde en profite. Quand la sécurité et la stabilité sont assurées, chacun peut espérer sans crainte. or, ces biens ne peuvent être disponibles s'il n'ya pas une administration pour les rendre disponibles. Pour faire régner la paix, il faut des agents capables de l'imposer aux fauteurs de troubles... »
Oui, force est restée à la loi dans ce cas d'espèce et il appartient à l'administration publique de rester toujours au service du bien public mais dans le strict respect du principe de la primauté du droit.
Si ces sanctions sont à saluer, parce que s'inscrivant dans la restauration de l'autorité de l'administration publique, elles suscitent tout de même quelques interrogations.
En effet , compte tenu du nombre d'agents concernés, l'on pourrait se demander si ces radiations ne constitueront pas des sources patentes d'insécurités nationale et transfrontalière au regard de la quantité d'armes non recouvrée et de la position géographique du Burkina Faso, pays se trouvant au cœur de l'Afrique de l'ouest.
Pour ce faire, il nous semble opportun de rappeler que les circonstances qui ont été à l'origine de ces mutineries, ont contraint l'administration publique à ouvrir des négociations avec toutes les couches sociales y compris les mutins. cette stratégie , si elle a permis le retour à une stabilité relative mérite d'être pérennisée pour un retour à une paix durable car la complexité de la gestion de l'Administration publique dans un État de droit commande que le consensus social soit privilégié pour une bonne gouvernance.
A ce titre, nous recommandons qu'il y'ait des mesures d'accompagnement en vue d'une réinsertion sociale de cette frange de la population dans la vie civile au nom de la recherche d'une paix durable et d'une sécurité pour tous, biens publics dont l'administration publique reste garante.
Ces évènements appartiennent désormais au passé, mais ils doivent servir de leçons pour un nouveau départ dans notre jeunes démocratie.
Les efforts de médiations réussis ça et là et reconnus par la communauté internationale pourraient inspirer la création d'un comité de haut niveau composé d'experts nationaux et ou internationaux chargés d'élaborer et de proposer des pistes de réinsertion sociale des mutins radiés dans le but de sédimenter la fracture sociale qui se ressoude peu à peu.
Aussi, à l'image du conseil de discipline ad 'hoc du ministère en charge de l'administration territoriale, de la décentralisation et de la sécurité, des propositions pourraient provenir d'un comité ad 'hoc crée à cet effet.
N'a t-on pas coutume de dire que« rien ne vaut la paix...» mais que« mieux vaut la paix que la guerre» ?
Alors, profitons de certains principes qui doivent guider l'administration publique pour consolider les acquis de la démocratie au Burkina Faso.