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  • Ukraine : tentation autoritaire dans un État de droit-Michael Tremblay

    Par Michaël Tremblay

     

    Le 11 octobre 2011, l’ancienne première ministre de l’Ukraine, Ioulia Timochenko, est condamnée à sept années de prison pour avoir abusé de son autorité à des fins criminelles, au motif qu’elle «aurait signé des accords gaziers avec la Russie défavorables à son pays»[1]. Ce jugement controversé n’a pas laissé indifférentes les sociétés basées sur l’État de droit. Plusieurs pays, dont le Canada, ont soulevé le caractère partisan de cette décision judiciaire, en énonçant que la décision «a été faussée par des intérêts politiques biaisés» et en ajoutant «que la primauté du droit en Ukraine sort affaiblie dans la foulée de cette cause importante».[2] Pour bien saisir la teneure de ces affirmations, il est nécessaire de comprendre le contexte dans lesquelles elles s’inscrivent.

     

    Bien sûr, l’histoire de l’Ukraine ne peut se résumer en quelques lignes, tant elle est riche. Notons seulement que son évolution récente est marquée par la déclaration de son indépendance le 24 août 1991, officialisant sa souveraineté face une Union soviétique, qui sera dissolue le 25 décembre de la même année par le Président Eltsine. Le 28 juin 1996, l’Ukraine a adopté une constitution qui est l’«acte fondateur de tout État de droit»[3]. Dans un communiqué célébrant le 20e anniversaire de son indépendance, le gouvernement ukrainien décrit ces tournants historiques comme étant le moment où «on a jeté les bases d’un développement de la nation [ukrainienne] conformément aux principes de droit, de la construction de la démocratie, d’une économie de marché socialement orientée, de la garantie des droits de l’homme à travers une coopération pacifique et mutuellement avantageuse avec tous les membres de la communauté internationale»[4]. Bien que les deux dernières décennies aient été porteuses d’espoir pour la population de cette ancienne république soviétique, elles ont été marquées par de fortes luttes politiques sous-jacentes à une recherche identitaire où des acteurs, comme Ioulia Timochenko, préconisent un rapprochement de l’Ukraine avec l’Europe occidentale, au profit d’un attachement fidèle à la Russie, idée portée par le parti de Viktor Ianoukovytch.

     

    C’est dans ce contexte que le gouvernement pro-russe de Viktor Ianoukovytch est soupçonné d’ingérence dans le procès visant la première ministre de l’ancienne administration pro-occidentale, Ioulia Timochenko. Il ne s’agit pas ici de faire le procès des agissements du gouvernement en place, qui, selon la presse internationale, consiste en «une manœuvre destinée à écarter une concurrente gênante pour le pouvoir»[5].Néanmoins, le débat qui est né de l’association présumée entre le pouvoir et le tribunal, tel que rapporté par les observateurs internationaux, portent atteinte à la crédibilité de l’État de droit ukrainien, où devrait prédominer l’indépendance du législatif, de l’exécutif et du judiciaire. Par le biais d’une lettre de protestation, le ministre canadien des Affaires étrangères, John Baird, a averti l’Ukraine des effets négatifs qu’auraient les agissements de son gouvernement : «Le Canada vous implore, en tant que président de l'Ukraine, de vous assurer que tout procès en Ukraine se déroule sans ingérence politique et de tout mettre en œuvre pour renforcer l'indépendance du système judiciaire»[6].

     

    Si la tradition de l’État de droit est profondément enracinée dans la culture occidentale, on ne peut en dire autant pour les pays, comme l’URSS, dont le système politique a été marqué par une séparation des pouvoirs qui, en pratique, n’était pas respectée et où la structure du Parti au pouvoir doublait la structure de l’État. À mon avis, ce que le journal Le Figaro a nommé la «dérive autoritaire de l’Ukraine»[7] peut s’expliquer par une culture du contrôle absolu, qui amène les dirigeants à retourner naturellement aux pratiques datant d’une époque maintenant révolue.

     

    Aujourd’hui, nous avons plusieurs raisons pour dépeindre la mondialisation. Cependant, un effet positif de cette tendance est que les comportements litigieux des politiciens peuvent être rapidement mis au jour. Ainsi, la communauté internationale peut efficacement faire pression auprès des autorités concernées pour faire valoir le consensus social sur lequel doit reposer la gouvernance d’un pays basé sur l’État de droit. Avec le cas Ianoukovytch – Timonchenko, nous avons eu la preuve que les gouvernements sont sensibles à l’opinion publique; que ce soit par pur sentiment d’éthique ou, le plus souvent, par obligation. Malgré le fait que le gouvernement cherche à se définir comme étant pro-russe, l’Ukraine, durement affectée par la crise économique de 2008, est à négocier un accord d’association avec l’union européenne. Il est donc à l’avantage du gouvernement de réaligner les façons de faire de l’État, qui, autrement, pourraient mettre en doute le respect de ses principes fondamentaux. C’est possiblement  ce qui a motivé le président Ianoukovytch à affirmer que ce «jugement n'est pas définitif, et qu'un appel est toujours possible»[8]. Bien sûr, je suis d’avis que justice doit être faite. Cependant, j’abonde dans le même sens que ma collègue Annie-Claude Desrochers[9] en croyant que le système de justice doit agir indépendamment de l’exécutif.

     

    Dans une autre perspective, je trouve intéressant, comme citoyen, de savoir qu’il existe une véritable imputabilité de la part des acteurs politiques, face aux décisions que ces derniers prennent. Cela n’est pas sans rappeler le cas de Tony Tomassi, d’ailleurs très populaire sur ce blogue! Selon Marie-Soleil Tremblay, «le principe d’imputabilité fait appel à la responsabilité de chaque gestionnaire de répondre de ses gestes et de ses choix à ses supérieurs et, éventuellement, à la population»[10]. Ainsi, toutes les parties prenantes à la décision doivent agir conformément à ce qui est prescrit dans la loi, peu importe l’échelle de l’intervention. Que ce soit dans l’attribution de places en garderie ou dans la négociation de contrat gazier de l’ampleur de quelques milliards de dollars, l’enjeu reste le même et s’appelle la reddition de compte. Par conséquent, si Timochenko a mal agi dans la négociation des tarifs gaziers, l’Ukraine est justifiée d’engager ces poursuites.

     

    Il sera donc très intéressant de suivre l’appel de cette décision, sachant que la défenderesse tentera de démontrer la proximité dont a fait preuve l’appareil gouvernemental et le système de justice pour ainsi, décrédibiliser le jugement. Cependant, au lendemain de sa condamnation, une nouvelle accusation a été déposée contre Ioulia Timochenko, pour tentative de dilapidation des deniers publics. Je ne voulais pas finir sur une note négative mais cela me paraît inévitable! Ici, j’ai en tête le scandale qui touche le domaine de la construction au Québec. L’actualité donne aux populations du Québec et à l’Ukraine un dénominateur commun : une confiance ébranlée envers un système politique qui, parfois, semble déconnecté des principes fondamentaux de l’État de droit.

     

     


     

    [1] SUPINSKY, Sergei (2011). «Ukraine : Ioulia Timonchenko condamnée à sept ans de prison», L’express.fr, 11 octobre 2011.

    [2] BELLAVANCE, Joël-Denis (2011). «John Baird sermonne l’Ukraine», La Presse, 13 octobre 2011.

    [3] TRUDEL, Rémy (2011). Notes de cours. Principes et enjeux de l’administration publique.Séance 4

    [4] Ambassade d’Ukraine au Royaume du Maroc (page consultée le 20 octobre 2011). Site de l’ambassade d’Ukraine au Royaume du Maroc [En ligne]. http://www.mfa.gov.ua/

    [5] SUPINSKY, Sergei (2011). «Ukraine : Ioulia Timonchenko condamnée à sept ans de prison», L’express.fr, 11 octobre 2011.

    [6] BELLAVANCE, Joël-Denis (2011). «John Baird sermonne l’Ukraine», La Presse, 13 octobre 2011.

    [7] THEDREL, Arielle (2011). «Varsovie à la peine avec ses voisins orientaux», Le Figaro, 29 septembre 2011.

    [8] SUPINSKY, Sergei (2011). «Ukraine : Ioulia Timonchenko condamnée à sept ans de prison», L’express.fr, 11 octobre 2011.

    [9] DESROCHERS, Annie-Claude (2011). «Des accusations portées contre Tony Tomassi!» Blogue Proftrudel2. Consulté le 23 octobre 2011 [En ligne]. http://ojjvqd.hautetfort.com/

    [10] MICHAUD et all. (2011). Secret d’état? Les principes qui guident l’administration publique et ses enjeux contemporains. Presses de l’Université Laval. Page 468

     

  • L'intégration des médecins diplômés à l'étranger


    L’intégration des médecins diplômés à l’étranger est l’un des problèmes les moins médiatisés au Québec. Raison pour laquelle j’ai pensé à aborder ce sujet.

    Certaines statistiques indiquent que 3000 médecins diplômés à l’étranger ne peuvent pas exercer dans la Belle Province [1].

    Le collège des médecins du Québec (CMQ) et les facultés de médecine ne facilitent pas leur (MDE) intégration et leur empêchent de pratiquer leur métier.

    Je citerai le cas frappant des postes de résidence laissés vacants pendant trois années consécutives alors que les médecins diplômés à l’étranger avaient appliqué pour ces postes : « En 2007, les quatre facultés de médecine du Québec (Université de Laval, Université de McGill, Université de Montréal, Université de Sherbrooke) ont laissé vacants 87 postes en résidence, alors que 174 médecins diplômés à l’étranger dont le diplôme avait été reconnu par le Collège des médecins du Québec étaient en attente de stage en résidence.

    En 2008, 102 postes de résidents  ont été laissés vacants sur un total de 724 postes attribués après le premier tour de jumelage.

    En 2009, même constat où 94 postes de  résidence sont restés vacants alors que plus de 130 des médecins diplômés à l’étranger avient appliqué. » [2]. On voit que les chiffres parlent d’eux-mêmes concernant les difficultés d’obtention des stages en résidence.

    Une mesure contraignante des facultés de médecine de famille comme celle de l’université de Montréal exclut à l’admission en résidence certains médecins diplômés hors du Canada et des États-Unis, pour raison de durée de non pratique ou durée d’éloignement de la pratique. Mais, autre paradoxe du système de santé, certains médecins à qui on refusait de pratiquer dispensaient des cours à l’Université ! [3].

    Ces médecins sont aussi confrontés à d’autres difficultés telles que : le corporatisme du CMQ; le manque d’expérience de travail au canada; la non reconnaissance des expériences de travail acquises à l’étranger.

    Le gouvernement libéral du Québec qui revendique sa proactivité dans l’épineux dossier des médecins étrangers se justifie souvent par le fait que l’évaluation des compétences des médecins diplômés hors Canada et États-Unis tout comme la question des résidences ne ressortent pas de ses compétences.

    Les difficultés d’intégration des MDE doivent interpeller le gouvernement québécois sur sa politique d’immigration qui risque de ternir l’image du Québec au niveau du recrutement, de la sélection et de l’intégration des immigrants.

    Face à ces obstacles, on s’attend à des conséquences.

    Les conséquences :

    -          Des médecins chauffeurs de taxi [4] ou livreurs de pizzas. L’auteur du rapport sur le stage d’intégration (de mise à niveau de 6 mois) le Dr Vincent Échavé reconnaissait lui-même qu’à Montréal on voit beaucoup d’immigrants qui conduisent des taxis dans l’émission du 21 juillet 2009 à « Croyez-vous à l’utilité de stage de formation pour faciliter l’intégration des médecins étrangers au système québécois?» [5].

    -          Migration des médecins étrangers vers d’autres provinces du canada

    -          Problèmes psychologiques

    -          Perte de dignité humaine

    -          Rupture familiale

     Je suis d’accord avec le Docteur Victor C. Goldbloom,  professeur de pédiatrie, de sociologue et d’économie de la médecine à l’université McGill de 1950 à 1970 lorsqu’il dit : « Je trouve que nous sommes sévères, indûment sévères dans cela. Je n’exagère qu’à peine en disant que c’est comme si nous disons aux Québécois et Québécoises : Vous êtes mieux de ne pas avoir un médecin que d’avoir un médecin qui à nos yeux n’est pas encore parfait. Je trouve que nous n’avons pas eu recours suffisamment au mentorat. Et je souligne que, lorsqu’on demande à un médecin qui vient d’un autre pays de faire, disons, deux années de résidence dans un hôpital, ce genre d’expérience n’est pas absolument pertinent aux soins des familles. Et nous savons qu’il y a énormément de familles québécoises qui cherchent désespérément à trouver un médecin de famille et sans succès ». Il souligne le mentorat comme l’une des solutions pertinentes de l’insertion des médecins étrangers. Ces médecins sont des professionnels qui ont pratiqué tant d’années, sont compétents et ont fait des preuves dans l’exercice de leur métier. Et je pense qu’avec leurs compétences et leur professionnalisme, le mentorat serait bénéfique pour le Québec  qui est en pénurie de médecine de famille et faciliterait leur intégration.

    L’une des principales recommandations de la coalition des médecins étrangers consiste à mettre directement en stage le médecin étranger dès qu’il arrive pour ne pas perdre de temps. Selon le Dr Amouzou, la médecine c’est à l’hôpital. En clair la pratique de la médecine doit se faire à l’Hôpital, orienter directement le médecin à l’hôpital  pour voir ensuite son évaluation et voir s’il lui manque quelque chose. Je suis tout à fait d’accord avec la recommandation de la coalition des médecins étrangers car on ne peut pas directement juger les compétences de ces médecins diplômés à l’étranger si on ne leur donner même pas la chance de pratiquer.

    Une autre solution consisterait à ralentir la sélection des médecins diplômés à l’étranger en attendant de trouver des solutions concrètes facilitant leur intégration.

    Mais moi je préconiserais la première solution qui est le mentorat et  pourrait résoudre la crise de médecine de famille.

     Jusqu’à aujourd’hui, les solutions proposées par le Collège des Médecins du Québec (CMQ) et par les facultés de médecine ne tournent pas en faveur des médecins diplômés à l’étranger (MDE). A mon avis, ça serait dommageable pour le Québec de perdre des ressources humaines compétentes face à la crise de médecins de famille que traverse Québec en ce moment. Ces médecins ont fait de leur vocation la médecine et aiment aider les gens à retrouver leur santé. Hippocrate, le père de la médecine grecque, aurait apprécié !!!

    Le travail étant l’un des facteurs essentiels de l’intégration d’un individu dans la société; alors faut-il laisser ces médecins qualifiés, expérimentés, échapper à la belle province (Québec) ou trouver un consensus pour faciliter leur intégration ?


    Seydou Sall


    ENP 7505 - Lundi  Soir

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    [1] Source : Médecins d’Ailleurs, 2008

    [2] Ibid.

    [3] Doudou Sow, Faut-il fermer les vannes de l’immigration aux médecins diplômés à l’étranger ? , octobre 2010, CJE Bourassa-Sauvé

    [4]Quand on parle de chauffeurs médecins de taxi, il ne faut pas y inclure les nouveaux médecins étrangers. Le prix de la licence (250 000$) n’est pas à la portée de la bourse des médecins nouvellement arrivés au Québec. Aussi, l’industrie du taxi est fortement concurrencée par le BIXI, (nouveaux vélos en libre-service de Montréal), la navette Autobus Express 747 Aéroport Trudeau au centre-ville et le projet de train de l’Est. À chaque fois que nous prenons ce mode de transport, nous profitons du voyage pour demander aux chauffeurs étrangers s’ils étaient des médecins ou des ingénieurs dans leur pays d’origine, leur date d’arrivée au Québec, s’ils ont choisi délibérément ce métier  ou par contrainte à cause des difficultés d’intégration.

    [5]SRC Radio 95,1 FM, Maisonneuve en direct-Stage pour médecins étrangers, Jacques Beauchamp-21 juillet 2009.

     

     

     

  • Lionel Floristin-Financement des écoles du Québec sur la base du rendement : Luttes de rationalités.

    J’ai été très attentif à la levée de bouclier provoquée par l’annonce de la ministre de l’éducation du Québec cette semaine concernant les commissions scolaires. Madame Line Beauchamp a en effet déclaré jeudi dernier 20 octobre lors d’une entrevue à Radio Canada[1], que le gouvernement a l’intention de réduire de plus de  moitié le budget alloué aux 69 commissions scolaires d’ici 2015 à raison de 100 millions par année. Il s’agira donc d’une coupe de 300 millions de dollars sur  un budget actuel de 571 millions. Le congrès du parti libéral du Québec (PLQ) cette fin de semaine  devra statuer sur cette décision qui va au-delà d’une simple réduction budgétaire. Il s’agit en fait d’une réforme structurelle dans le système de l’éducation. Entre ceux qui préconisent comme François Legault l’abolition pure et simple des commissions scolaires et la ministre qui soutient un dégraissage sous forme de changement de mission, les organes représentatifs des commissions scolaires[2] tels la CSQ, la FCSQ et l’ADIGECS  montent au créneau pour faire bloquer cette initiative. Les directions d’école présentées comme principales bénéficiaires avec plus d’autonomie dénoncent le fait que le financement soit conditionné par le rendement selon la déclaration de la présidente de la Fédération québécoise des directions d'établissements d'enseignement (FQDE), Chantal Longpré.  On peut même supposer que cette autonomie peut même être accompagnée de moins de moyens dans le cas où le rendement n’est pas atteint car la ministre a bien dit que les 300 millions économisés n’iront nulle part d’autre dans le système éducatif. Donc une école aura plus au détriment d’une autre, c’est la concurrence féroce entre les écoles selon les différentes réactions.  Ce qui n’est pas clairement  dit,  c’est ce qui motive cette décision. Est-ce une nécessité budgétaire ou un manque de performance du système scolaire ? Puisqu’il n’est prévu aucune augmentation du portefeuille budgétaire ou de réaffectation des économies réalisées, en ce sens, faire plus avec moins (ou faire la même chose avec moins) semble prévaloir. Et là, on est surtout dans le domaine du rendement, de l’efficience et pas nécessairement dans celui de l’efficacité qui supposerait de meilleurs services à tous les citoyens. Selon moi, il est clair que la question principale c’est comment faire des économies et non comment améliorer l’éducation. Cet objectif est peut être dans un autre registre du gouvernement mais pas dans celui de réduire le budget de l’éducation. 

    Je ne sais pas ce qu’aura décidé le congrès du PLQ, ni l’issue du bras de fer qui va opposer le gouvernement aux divers groupes de pressions mais cette actualité toute fraîche dans le monde de l’éducation met au devant de la scène la transition de l’administration publique vers ce qu’on désigne par le nouveau management public (NMP). En effet, le passage de l’État providence vers un État moins social s’appuie sur le NMP comme nouveau cadre de gouvernance et de gestion des organisations publiques. En effet, l’État est toujours présenté comme gaspilleur et le secteur privé devient le temple et la référence de l’efficacité et de l’efficience. État gaspilleur, car il se trouve  qu’il y avait 300 millions dans le système éducatif sans raison d’être puisque on peut les enlever sans affecter le service.

    Nous n’avons pas encore la réaction des parents face à cette annonce  mais nous savons que leurs revendications pour  être l’un d’entre eux est la qualité de l’éducation et la sécurité de leurs enfants. Quant aux autres parties prenantes principales que sont les commissions scolaires, le corps enseignant et les directions d’école, ils se rejoignent tous pour dénoncer le financement des écoles sur la base du rendement et la mise en concurrence ouverte des établissements quant au budget de l’éducation. Il n’est pas besoin de faire la démonstration que ce sont les écoles qui accueillent les enfants difficiles qui seront les plus affectées car leurs rendements seront relativement moindres et leurs efforts de loin supérieurs. Avec moins de financement, elles n’auront d’autre choix de s’enfoncer au creux de la vague avec toutes les conséquences qu’on peut supposer de décrochage, d’un enseignement au rabais, etc. Des écarts vont encore se creuser dans la société et les conditions sont réunies pour une éducation à plusieurs vitesses comme le déplorent plus d’un.

    S’il est un modèle qui est mis à l’index pour justifier la décision, c’est la bureaucratie. D’ailleurs, l’un des arguments principaux est la réduction de la bureaucratie des commissions scolaires. Donc, il suffit d’associer les commissions scolaires à ce vocable pour que sa sentence de mort programmée soit justifiée. Mon propos n’est pas de défendre les commissions scolaires ou non car je ne connais pas suffisamment le système éducatif pour me faire un jugement. Mon intention, ce n’est pas non plus de dire que le gouvernement ne devait pas réduire le budget ou non. Je ne veux pas non plus dire que l’administration publique ne doit pas réagir face aux excès du modèle bureaucratique qui ont instauré lenteur, léthargie et inefficience dans les organisations tant publiques que privées d’ailleurs. J’encourage l’introduction de nouvelles méthodes et de nouvelles pratiques dans l’administration publique pour faire face aux défis tels l’augmentation des déficits budgétaires, un électorat de plus en plus exigeant. Ce que je n’appuie pas c’est le mimétisme, c'est-à-dire singer le secteur privé et importer tel quel ses recettes et son vocabulaire dans l’administration publique.

    Il y a un principe fondamental que promeut le modèle wébérien, il s’agit de l’équité. Ce principe est aussi fondamental dans un État de droit. L’équité n’est certes pas l’égalité elle est surtout justice. Wéber prônait le plan de carrière, la formalisation des règles au sein de l’administration pour éviter des cas d’abus dans le traitement des employés et il recommande de codifier les relations de l’organisation avec l’extérieur pour que tout citoyen et citoyenne soient traités sans favoritisme. Nous savons tous les dérives de ces principes qui poussent à une rigidité, une froideur caricaturales dans certaines administrations et un frein à toute émergence de l’esprit entrepreneurial et le leadership. Il y a lieu vraiment de questionner et de changer de culture dans les organisations publiques mais cela ne doit pas se faire au détriment de certaines valeurs fondamentales. La levée de bouclier unanime du monde enseignant contre le financement associé au rendement tient du principe de l’équité. Tout enfant et jeune du Québec doivent avoir accès à la même qualité d’éducation publique. Par égalité, on donnerait le même budget à chaque école mais par équité on donnera plus à ceux qui font plus d’effort pour réduire les inégalités et s’assurer que les enfants en conditions difficiles arrivent à s’en sortir. Tout le monde sent le danger. Pour celui que le gouvernement est prêt à payer plus, il va recevoir une meilleure éducation et celui qui éprouve plus de difficultés pour qui il faudrait plus de moyens recevra moins. C’est ainsi que la situation est perçue et cela me suffit en l’absence de détails sur le plan de la ministre pour saisir l’importance de la décision. Il est vrai que la ministre dans l’interview, parle d’affectation de budget selon l’atteinte des objectifs fixés, ce qui laisserait penser que l’objectif défini (qui n’est pas nécessairement  le rendement) sera l’objet d’appréciation. Cela nous amène encore à l’une des distinctions entre le secteur privé et le secteur public. Pour le privé , le rendement se mesure clairement et presqu’exclusivement par le taux de profit alors que pour le secteur public aussi efficace et efficient qu’il voudrait être, il ne peut faire l’économie des objectifs sociaux. Si la décision pour chaque dollar investi est liée au retour financier pour une organisation privée, pour le secteur public et dans un domaine aussi social que l’éducation la décision sur chaque dollar investi ou à ne pas investir ne saurait être liée à une logique économique de réduction des coûts aussi légitime que cela puisse être. Nous sommes en pleine lutte de rationalités différentes : économique, politique, sociale…Un dollar à investir ou à ne pas investir à la SAQ et apparentées ne peut suivre la même logique de décision dans une école du secteur public dont la recherche de l’équité dans l’éducation est l’une des raisons d’être sinon on pourrait tout confier au privé.  

    Lionel Fleuristin

    Étudiant : cours Principes et enjeux en administration publique

    ENAP

                    

     



    [2] CSQ: Centrale des syndicats du Québec ; FCSQ : Fédération des commissions scolaires du Québec ; ADIGECS : Association des directeurs généraux des commissions scolaires du Québec.

  • L'éducation, un enjeu pour le futur -Nadine Gharios

     

    Ce ne sont pas les idées qui manquent dans le secteur de l’éducation c’est plutôt l’absence d’une vision de ce qu’on veut que l’éducation soit au Québec. On entend des idées sur des sections du secteur de l’éducation et de ce qu’il faut faire, cela vient juste garnir les nids de poules de ce secteur selon la convenance de la partie qui l’élabore. On propose des coupures de budget avec des changements dans les façons de faire, des coupures de budget sans affecter les services et même une abolition des Cégeps. On parle aussi de décrochage scolaire ou bien de raccrochage scolaire (compte tenu de qui parle!!!) bref, on parle d’administration publique en éducation sans se concentrer sur l’éducation, sur la lourdeur des problèmes de terrain avec lesquelles directions, enseignants, étudiants et parents sont confrontés au quotidien. On ne mentionne pas la valeur de l’éducation ni sa contribution sur l’amélioration de notre avenir au Québec, on ne parle pas non plus du niveau des études que l’école offre aux jeunes ni de notre responsabilité d’offrir la meilleure possibilité pour l’avenir.

     

    Récemment, la ministre de l’Éducation annonce l’intention de transformer les commissions scolaires en « coopératives de services ”, pour diminuer la bureaucratie, en laissant à la commission le pouvoir sur le choix de leurs personnels : « les écoles et leur direction deviendront les maîtres du jeu », ainsi qu’une suggestion d’un regroupement des services et sa distribution selon le besoin des écoles. La transformation « révolutionnaire » que Mme Beauchamp propose fut accompagnée de l’intention de réduire le budget de moitié d’ici trois ans, c’est un facteur prévisible étant donné qu’on est dans l’ère de réduction de budget et de coupure. La vraie « révolution » c’est que « le financement des écoles dépendra de leur RENDEMENT » autrement dit l’école qui réussit le plus, aura plus d'argent que les autres !! Les critères de réussite des écoles étant : le taux de réussite des jeunes qui fréquentent cette école, principalement.

     

    Est-ce qu’on vient de dire qu’il y aura plus de financement pour les écoles privées aux dépens de l’école publique? Les écoles privées bénéficient déjà d’une subvention du gouvernement, et selon Solange Blanchard de mouvement Sortie 13, ce financement pèse déjà beaucoup sur le budget de l’éducation et affaiblit le financement de l’école publique. Est-ce qu’on vient offrir une meilleure possibilité d’éducation pour une classe sociale déjà en avantage?

    Est-ce qu’on vient de dire qu’il y aura plus de financement pour les écoles situées dans des milieux aisés aux dépens du financement pour les écoles des milieux défavorisés? Est-ce qu’on vient de dire qu’il y aura plus de financement pour les écoles qui font des tests de classement pour accepter les étudiants? Est-ce on veut dire modifier les exigences des résultats pour obtenir plus de financement? Sans aborder le débat du financement selon les résultats en fonction de la langue d’enseignement des commissions scolaires.

     

    Par contre de quoi l’on est sûr, c’est que cette révolution mets en place la concurrence et donne lieu à un système à deux niveaux et à deux vitesses, pareil comme dans le système de santé, à l’exception que dans ce dernier, ceux qui veulent aller plus vite payent les services de leurs poches, tandis qu’ici, on propose, encore plus, on encourage, ceux qui veut aller plus vite et on les récompense en leur payant plus d’argent. La transformation ressemble plus à un système privé qu’à un système public, où la distribution de la richesse est partagée équitablement.

     

    La réduction des coûts est un enjeu majeur pour les gestionnaires de la fonction publique mais, est –il possible d’élargir nos horizons dans le domaine de l’éducation  et penser à s’investir dans le futur de nos jeunes de manière productive ?en donnant la chance d’avoir accès au même service et d’en tirer les meilleurs bénéfices. Dépenser dans l’éducation, intelligemment, c’est nous permettre de nous assurer un meilleur avenir en offrant un meilleur choix scolaire à nos jeunes, donc de meilleures alternatives d’emploi ainsi que la possibilité d’une meilleure vie. Dépenser pour l’éducation c’est s’investir dans notre futur.

     

    Nadine Gharios

    ENP 7505

     

     

     

       

     

  • Unité permanente anti-corruption (16 sept 2011) Chantal Soucy

     

    Depuis plusieurs jours, tous les bulletins de nouvelles et tous les journaux  parlent du rapport Duchesneau et de la grogne des payeurs de taxe, pour ne pas dire, leur « ras-le bol ».

     

    Devant tant de mobilisation et intérêt de la population en général et des médias, comment peut-on expliquer que notre premier ministre n’a pas daigné lire le rapport Duchesneau avant sa conférence de presse du vendredi 16 septembre?  Ce rapport, fruit important de l’unité qui a lui même crée.  Pour ajouter l’insulte à l’injure, les autres ministres à ses côtés lors de la conférence de presse prétendent eux aussi ne pas l’avoir lu. Pourquoi se permettent-ils tous alors de commenter quelque chose qu’ils n’ont pas lu?  Que les trois ministres ne l’aye pas lu et qu’ils convoquent une conférence de presse pour réagir surcelui-ci : est-ce du mépris à l’égard du rapport de ses auteursou du mépris envers la population? De l’inconscience? Ou tout simplement un mensonge?

     

    Il serait étonnant et inadmissible que le premier ministre Charest prenne monsieur Duchesneau et son rapport autant à la légère!  Monsieur Charest devrait parrainer ce rapport, à l’instar d’autres obscurs intérêts.  Selon toute évidence, notre premier ministre minimise le rapport en disant de son contenu qu’il contient des « allégations ». M. Charest que de dire qu’il lui faut des preuves, est-ce pour acheter du temps, pour ne pas faire face à la musique? Au bénéfice de qui? Au détriment de qui? Nous avons un problème majeur si la réponse à ces deux questions n’est strictement pas la même. Si elle diffère, le problème n’est peut-être politique. Mais dans les deux cas, monsieur Charest au coeur des deux problèmes, et orthogonal à toute les pistes de solutions. 

     

    En tant que citoyenne, libre et sans agenda; je ne comprends pas qu’un rapport ayant nécessité plus de 18 mois d’enquête à l’équipe Duchesneau puisse selon les qualificatifs du premier ministre renfermer des « d’allégations ». Ce terme méprisant reflète-t-il en fait la façon dont la population devrait voir les initiatives du gouvernement sous sa direction?

     

    Le rapport Duchesneau décrit les façons de faire du crime organisé, parle de corruption, d’infiltration de la mafia, de détournement de fond pour augmenter les coffres des partis politiques, de la collusion des firmes de génie-conseil etc. Bref, on parle de corruption à la grande échelle qui semble faire partie intégrante de notre gouvernement.  Malgré toutes les affirmations qui découlent de l’enquête, le gouvernement demande à la population ‘’de faire la part des choses’’.     

     

    Sans oublier la ministre Courchesne qui allègue que le gouvernement Charest éliminera les ‘’tracasseries administratives’’ qui poussent des enquêteurs d’expérience à déserter l’unité permanente anti-corruption et qu’ils aient  le statut qu’ils désirent avoir.  Il faudrait rappeler à l’ordre Madame la ministre, afin qu’elle fournisse les ressources financière au commissaire indépendant  et qu’elle ne commette pas d’ingérence dans le choix du personnel.  La séparation des pouvoirs doit être respectée dans ce dossier, si le gouvernement veut des recommandations, qu’il nomme une commission d’enquête et s’il veut des arrestations et des accusations au criminel, qu’il laisse le judiciaire faire son boulot. 

     

    Voilà ce que Jean Charest aurait dû clairement exprimer lors de sa conférence de presse au lieu de minimiser le rapport et prétendre paradoxalement à cela qu’il ne l’avait pas lu.