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  • Printemps arabe ou absence de l’État de droit ?

     Printemps arabe ou absence de l’État de droit ?

     

    L’expression de «  printemps arabe »  est une métaphore qui fait référence aux révolutions et aux manifestations populaires que connait le monde arabe depuis décembre 2010. C’est une  expression qui fait allusion, également, à l’éveil d’un peuple qui est enfin sorti de sa tanière après une longue hibernation, pour crier haut et fort sa souffrance  et son désarroi et réclamer le droit à la dignité, à la justice sociale et à la liberté.

    Cette brise printanière qui a soufflé sur l’Afrique du nord et une bonne partie du moyen orient, après presque un demi-siècle d’oppression, de précarité, d’exploitation et d’absence quasi-totale des libertés démocratiques a fini par réveillé dans la jeunesse arabe des rêves longtemps oubliés, des vœux avortés sinon tués dans l’œuf . Elle a permis, également, à cette dernière de prendre son destin entre ses mains et se projeter à l’avant-scène de l’histoire.

    Comment et pourquoi la révolution arabe s’est produite ?

    Tout commence à Sidi Bouzid, une petite ville au sud de la Tunisie où un simple marchand ambulant, Mohamed Bouazizi, un jeune diplômé chômeur s’est immolé, après une forte humiliation d’une agente de police. Cet événement dramatique signe de désespoir ouvrira une nouvelle page dans l’histoire mondiale.

    Très médiatisée surtout par la chaîne qatariote Aljazeera, l’information a vite circulé sur les réseaux sociaux d’internet ( facebook et twitter). Frustrée et exaspérée, la jeunesse arabe longtemps victime du même paradoxe : la classe majoritaire mais minoritaire au pouvoir et au marché du travail, se reconnait en lui. Ainsi, des mouvements révolutionnaires de masses se sont structurés, et ont descendu dans les rues pour arracher des droits violés. Malgré la riposte violente et l’usage de la force à outrance par les classes dirigeantes, ni les arrestations, ni la torture, ni les tirs sur les foules, ni les bombardements des villes ne pouvaient les arrêter ou les intimider.

    En Tunisie, Égypte, Lybie, Bahreïn, Yémen, Syrie, Jordanie, Algérie … les aspirations des peuples sont les mêmes. Abolir des régimes despotiques, totalitaires, pilleurs de ressources et spoliateurs de richesses, maintenus au pouvoir pendant plus de quartes décennies grâce au soutien des forces impérialistes et leurs services de police capables de réprimer toute tentative d’opposition. Contester des institutions démocratiques de façade et le semblant démocratique d’élections législatives biaisé par le clientélisme politique, dans lequel seul adhère le corps désuet des partis politiques intimement liés au pouvoir. Des partis qui ne représentent et défendent que leurs propres intérêts. 

    Lutter contre la corruption et les détournements de fonds publics régnant à toutes les échelles de l’administration publique. S’opposer au népotisme qui va de la transmission héréditaire du pouvoir dans les républiques à l’occupation des hauts postes de l’appareil politique par des familles oligarchiques, éteignant ainsi toute lueur d’espoir à un futur meilleur.

    Protester contre des taux de chômage qui ne cessent de grimper, la cherté de la vie, le désert social ambiant (des hôpitaux sous équipés, des villages encore enclavés, des transports en commun inaccessibles), dans des pays qui regorgent, pourtant, de ressources pétrolières et de gaz naturel, l’une des raisons de l’appauvrissement des classes moyennes et l’affaiblissement de leur revenus.

    Lutter contre les disparités sociales ou la dictature des riches, cette poignée de personne associée aux affaires, ces familles féodales et capitalistes qui s’accaparent les activités économiques nationales, condamnant les peuples à des salaires de misère et rendant par la même le gap de plus en plus large entre une classe  aisée vivant dans la grande opulence et une couche opprimée n’ayant pas le droit à la vie mais à la survie et encore.

    En fait, après ce long blocage la révolution arabe était pressentie et prévue par plusieurs observateurs et analystes spécialistes du monde arabe, car la situation est devenue insoutenable, et la tendance vers l’émancipation sociale et économique des démunis, la démocratie,  la création des États de droit, des élections libres, aux changements des constitutions, à la séparation des pouvoirs, à l’indépendance de la justice, à une redistribution équitable des richesses était et elle est toujours de mise.

    Mais si la révolution arabe à abouti au départ de  Zine El-Abidine  Ben Ali en Tunisie, Hosnie Moubarak en Égypte, Moamar Khadafi en Lybie et bientôt Saleh au Yémen, la chute de ces tyrans n’est qu’une première étape. Former des institutions démocratiques et changer des mentalités coriaces sera un travail de longue haleine.

    Mais, en tant qu’arabe je suis fière de dire que nous sommes entrés, enfin, dans une ère nouvelle de libertés individuelles et collectives.  

     

    Manal Saidi.


    ENAP 7505 Pricipes Et Enjeux De L'Administration Publique.

     

     

     

  • L’affaire Tomassi et l’enjeu du financement des partis politiques

     

    Depuis plusieurs mois, nous assistons à un bouillonnement d’événements qui font trembler les mûrs de notre institution démocratique.  Les allégations de collusion entre les partis politiques et des entreprises, la corruption dans le milieu de la construction, les infrastructures mal entretenues, les maires des municipalités réclamant plus de balises dans l’octroi des contrats et les demandes répétées d’une enquête publique sont des sujets que nous pouvons lier à la manière que les partis politiques ce financent.

    L’affaire Tomassi en est un bon exemple.  Les accusations d’abus de confiance et de corruption portées contre lui font l’objet d’une enquête par l’unité permanente anticorruption. Les faits reprochés se seraient déroulés entre juillet 2006 et mai 2010.(1) (2)

    Le député Tomassi était un collecteur de fonds redoutable. Impliqué en politique depuis 1989, il a en 2007 et 2008, ramassé plus de 393 000 $ dans les coffres du parti libéral (4). Très présent dans toutes les activités politiques de sa circonscription, il a su convaincre de nombreuses personnes à donner de l’argent.  Mais qu’est-ce qui motive un citoyen à donner son argent à un parti politique?  Est-ce qu’en arrière de chaque donateur, il y a un entrepreneur?

    On a le devoir d’y réfléchir. Il faut se demander pourquoi se sont majoritairement les individus possédant une entreprise qui contribue  à un parti politique.  Leurs attentes sont-elles d’être dans les bonnes grâces d’un ministre et du gouvernement au pouvoir pour obtenir un contrat?

    Le don de soi et de son argent existe dans les causes humanitaires. Cela touche un sentiment d’entraide envers ceux qui ont besoin d’aide. Mais en politique, il faut bien une raison qui motive à faire un don. Si ce n’est pas un don relevant d’un sentiment, la logique me semble être l’accès au pouvoir décisionnel pour obtenir des contrats ou des subventions ou faire adopter des lois favorisant mon entreprise.

    Je trouve personne de mon entourage ayant fait un don à un parti politique. Si très peu de citoyens financent un parti politique, comment ces derniers réussissent-ils à amasser leur financement? La loi électorale du Québec n'autorise que les dons d'individus inscrits sur la liste électorale. Les entreprises n'ont pas le droit de contribuer au financement. Il leur est également interdit de rembourser des dons électoraux effectués par des employés.

    L'ancien ministre de la Famille Tony Tomassi avait compris les raisons. Deux des trois chefs d’accusations dont il est soupçonné l’accusent d'avoir favorisé l'octroi de permis de garderie à des contributeurs de la caisse électorale libérale et d’avoir commis un abus de confiance relativement à ses fonctions.

    Avec ma lecture du chapitre 22 du livre Secrets d’états, je comprends pourquoi Monsieur Tomassi n’a pas fait bonne figure comme ministre de la Famille.  Dans sa biographie publiée sur le site internet de l’Assemblée nationale, il est écrit que Monsieur Tomassi a étudié en science politique, mais n’a pas obtenu son diplôme de bachelier contrairement à la majorité des ministres qui ont un diplôme universitaire.  Il n’a pas obtenu son poste de ministre grâce à ses diplômes. Je suppose que le premier ministre l’a nommé ministre au détriment des autres députés parce qu’il avait réussi à obtenir la confiance d’une large majorité des électeurs de sa circonscription en raison de son implication dans le milieu et aussi la renommée de son père avec l’entreprise familiale. Comme l’a écrit André Pratt dans son article de la presse du 13 octobre 2011, « est-ce que le premier ministre a pris le risque de promouvoir Tony pour plaire au père Donato, influent organisateur libéral du nord de Montréal? » La contribution financière au parti a sûrement été un autre élément considéré dans le choix.(7)

    Dans l’octroi des permis de garderie, Monsieur Tomassi n’a pas retenu les recommandations du ministère.  Il a plutôt utilisé son pouvoir de ministre comme le prévoyait à l’époque la loi sur les services de garde éducatifs à l’enfance (L.R.Q.,chapitre S-4.1.1). Cette différence majeure de valeurs a provoqué chez des fonctionnaires une déloyauté envers le ministre. L’interaction du politique et de l’administratif dans le processus décisionnel a été rompue. C’est ainsi que l’information a été transmise aux médias.  Depuis ce temps, la nouvelle ministre Yolande James a fait modifier la loi en faisant adopté le projet de loi 126 modifiant les règles d’attribution des permis.

    Le 3e chef d’accusation indique que M. Tomassi aurait utilisé une carte de crédit de M. Coretti propriétaire de la compagnie BCIA pour payer ses factures d'essence, et ce, même s'il recevait déjà une allocation de l'Assemblée nationale pour défrayer ses dépenses de transport.(3)(6) Pourrait-on penser qu’en échange de cet avantage, le ministre aurait pu influencer le gouvernement en faveur de BCIA.

    En mai 2010, M. Tomassi a été démis de ses fonctions au ministère de la Famille.(5) Depuis le dépôt des accusations, les partis de l’opposition réclament sa démission. Il serait surprenant que Monsieur Tomassi démissionne et se prive d’être défendu par le gouvernement. Notre justice prévoit que nous sommes innocents jusqu’à ce que l’on prouve le contraire.

    La loi sur le financement des partis politiques me semble avoir provoqué cette situation. Elle entraîne nos politiciens à imaginer des stratagèmes pour financer leur parti politique.

    Un des faits faisant l'objet d'une enquête concernant Tony Tomassi est qu’il aurait remis à Luigi Coretti des billets pour un cocktail de financement du PLQ tenu au golf d'Anjou le 7 avril 2008. Les billets, d'une valeur de 500 $ chacun, ont été remis à une dizaine d'employés.(4) On utilise ces derniers comme «prête nom» n'ayant pas défrayé eux-mêmes leur participation. Qui a payé les billets servant au financement du parti libéral du Québec? Ce genre d’activité et de financement est très répandu dans les partis politiques autant au palier municipal, provincial que fédéral.  

    L'agence BCIA, qui vient de se placer sous la protection de la loi sur la faillite, a été financée en partie par des fonds publics. Quatre Fonds d'intervention économique régionale (FIER), des fonds d'investissements en capital qui permettent d'injecter du capital de risque à des entreprises qui démarrent, ont investi 1 million de dollars chacun dans la firme.(4) Est-ce une façon de faire transférer l’argent entre le public et le privé?  Dans la construction, l’octroi des contrats a des firmes de génie-conseil avec ou sans appel d’offres ou avec collusion entre elles favoriseraient que les coûts soient plus élevés. Est-ce que les bénéfices encourus seraient ainsi redirigé au financement des partis politiques? 

    Ces nouveaux événements entachent l'ensemble de la classe politique. La responsabilité et l’imputabilité de nos dirigeants sont sérieusement remises en cause depuis les derniers mois. Le cynisme de la population envers les politiciens jette un discrédit sur nos institutions publiques devant servir à protéger les citoyens. La population réclame une commission d’enquête publique qui pourrait révéler les faits. À la lumière des révélations, notre système démocratique pourrait en être modifié.

    Références:

    (1)   Publié le 11 octobre 2011 à 16h55 sur cyberpresse .ca | Mis à jour le    12 octobre 2011 à 06h47 Tomassi face à la justice.http://www.cyberpresse.ca/actualites/quebec-canada/justice-et-faits-divers/201110/11/01-4456205-tomassi-face-a-la-justice.php

    (2)   SECTION VI, L.R.Q., chapitre A-23.1Loi sur l'Assemblée nationale section, SECTION VI, FRAIS DE DÉFENSE,FRAIS JUDICIAIRES, FRAIS D'ASSISTANCE ET INDEMNISATION.

    (3)   Publié le 12 octobre 2011 à 12h06 sur cyberpresse .ca | Mis à jour à 13h31 Gérard Deltell somme Tony Tomassi de s'expliquer. http://www.cyberpresse.ca/actualites/quebec-canada/politique-quebecoise/201110/12/01-4456483-gerard-deltell-somme-tony-tomassi-de-sexpliquer.php?utm_categorieinterne=trafficdrivers&utm_contenuinterne=cyberpresse_vous_suggere_4456205_article_POS1

    (4)   Tony Tomassi, les amis et le parti, Mise à jour le jeudi 6 mai 2010 à 13 h 30 http://www.radio-canada.ca/nouvelles/Politique/2010/05/06/001-tomassi_financement.shtml

    (5)   L'ancien ministre Tony Tomassi accusé au criminel, Mise à jour le mercredi 12 octobre 2011 à 8 h 46 HAE , http://www.radio-canada.ca/nouvelles/Politique/2011/10/11/003-tony-tomassi-trois-chefs-accusations-actes-criminels.shtml

    (6)   Trois accusations contre l'ex-ministre Tony Tomassi, droit-inc.com http://www.droit-inc.com/article6402-Trois-accusations-contre-l-ex-ministre-Tony-Tomassi

    (7)   Le cas Tomassi par AndréPratte, editorial du 13 octobre http://www.cyberpresse.ca/place-publique/editorialistes/andre-pratte/201110/12/01-4456606-le-cas-tomassi.php

    (8)   Article sur Radio canada.ca, Chronologie d'une saga http://www.radio-canada.ca/nouvelles/Politique/2011/05/17/004-financement-saga.shtml

     

    Serge Charbonneau

    ENP7505

    Automne 2011, lundi soir, groupe 27

     

  • L'individualisme et l'État

     

    On entend parfois dire que le fait que les gens veulent réduire l’influence de l’État dans leur vie est dû à la progression de l’individualisme dans nos sociétés modernes. On constate aussi que les mouvements politiques d’une « autre époque », par exemple le communisme, mouvement anti-individualiste et interventionniste par excellence, tendent à disparaître (les partis communistes très présents dans les paysages politiques européen après-guerre sont aujourd’hui inexistants aux niveaux nationaux). On peut observer dans un même temps la conquête de nombreux gouvernements par des courants politiques penchant plutôt à droite, avec même des cas d’accession au pouvoir de droites dures et populistes en Europe et un poids parlementaire décisif du Tea Party aux États-Unis. Ces courants politiques prônent généralement une diminution de l’appareil d’État, afin non seulement de réduire les déficits budgétaires mais aussi d’appliquer aux services publics le dynamisme des compagnies privées et privilégier l’initiative individuelle.

     

    Ces partis représenteraient-ils des gens plus individualistes ? Les électeurs seraient-ils moins concernés par le bien-être social que par le bien-être individuel ?

     

    Il est vrai que bons nombres d’États étaient devenus trop gourmands et centralisateurs dans les années 1960-1980. Les déficits s’accumulaient en même temps que les inefficacités grossissaient dans les appareils d’état. Les nationalisations atteignaient même le secteur bancaire en France. Il ne faut cependant pas oublier que cette croissance de l’État a aussi permis la multiplication de l’offre de services publics, d’assurer leur gratuité et leur accessibilité, quand l’entreprise privée n’y aurait jamais trouvé son compte. L’État-Providence a permis un certain partage des richesses, peut-être pas toujours de façon efficace, mais on ne peut pas dénier que de nombreuses familles aux revenus modestes ont ainsi pu offrir à leurs enfants des soins et des études de bonne qualité et leur permettre de s’épanouir dans la société.

     

    Avec la multiplication des crises économiques, les gouvernements ont mis un frein à ce mouvement à partir des années 80. On a alors assisté à des privatisations et des mesures pour alléger la machine d’État. Il est vrai que la situation économique ne permettait plus aux états de continuer leur croissance sans ignorer un endettement s'alourdissant. On peut penser que cette situation n’a pas non plus favorisé les élans de solidarité, chacun se retranchant un peu plus sur ses acquis et s’opposant un peu plus à payer des impôts servants de plus en plus à aider ceux que les crises économiques successives laissaient de côté. Loin la solidarité d’après-guerre ! Même durant les périodes de forte croissance, comme à la fin des années 90, les politiques de gauche n’ont pas réussi à s’imposer et celles de droite ont continué à progresser, encouragées également par un repli sécuritaire (réactions aux violences urbaines avec une augmentation de la répression policière) et militaire (déploiements militaires de grande envergure en Irak et Afghanistan).

     

    Aujourd’hui, le modèle de la réussite capitaliste a été poussé à son plus fort. Certains banquiers, au paroxysme de l’individualisme, ont pris des risques insensés et ont mis les états en danger. Ceux-ci, avec la hantise de voir leurs notes de crédit diminuées, ont retrouvé des élans interventionnistes en renflouant ces banques qui avaient joué avec le feu. Malgré cette panique de l’automne 2008, on a continué à idolâtrer ce système, de vouloir de plus gros salaires, de plus grosses maisons et des voitures bien trop grosses pour l’usage qu’on en fait. Et ceux qui ont de plus en plus de difficulté à accéder à ce modèle de réussite ont continué à se désintéresser de la politique, et sont aujourd’hui mal ou peu représentés. Les gouvernements de gauche ne semblent en effet plus en mesure de leur venir en aide, eux-mêmes pris au piège du jeu des dettes et des directives du FMI.

     

    Bref, la solidarité d’antan aurait bel et bien disparue et l’individualisme aurait triomphé. Comment l’État peut-il aujourd’hui rétablir l’équilibre ? En est-il encore capable ?

     

    Si il est admis que la lourdeur étatique peut être dommageable dans des industries fortement compétitives et que les privatisations de certains fleurons étaient probablement inévitables dans un contexte de mondialisation, peut-on en dire de même des services qui offrent justement cette solidarité perdue ? L’école, l’hôpital peuvent-ils laisser la place au privé ? Justement non ! On ne peut imaginer comment un administrateur privé appliquerait ses recettes de MBA  à un service public essentiel (on peut en avoir un bon aperçu en observant  comment sont gérés les services de santé aux États-Unis). Il faut que l’État tienne son rôle dans ces secteurs et qu’il puisse assurer une certaine unité sociale. Mais il faudrait aussi qu’il aille plus loin.

     

    Certes, on sait que la marge de manœuvre politique d’un gouvernement dans un budget annuel est désormais faible et que la majorité de ce budget est en définitive déjà attribué à des postes fixes et au service de la dette. Mais celle-ci demeure tout de même suffisante pour effectuer des changements à la symbolique forte qui peuvent faire évoluer les mentalités. On pourrait ainsi espérer voir un gouvernement s’attaquer à l’individualisme en y mettant un coût.

     

    Prenons quelques cas d’actions à prendre, qui ne se veulent pas des recettes politiques mais uniquement des exemples choisis ou imaginés pour illustrer ce propos. Pourquoi ne pas taxer les transactions financières afin de diminuer les mouvements anarchiques des bourses et les réflexes spéculatifs incessants aux conséquences parfois désastreuses sur la santé des entreprises ? Trop compliqué dans un contexte mondialisé direz-vous. Mais localement, pourquoi ne pas faire payer à l’automobiliste qui refuse d’utiliser les transports en commun un surplus dédié au développement de ces derniers ? On pourrait également mettre en place un système tarifaire d’électricité pénalisant celui qui laisse la chaleur de sa piscine se volatiliser dans les airs. En parallèle, on contraindrait les propriétaires d’immeubles à logement à isoler correctement leurs appartements tout en en les aidant avec les excédents payés par ceux qui continuent de gaspiller l’électricité. On assurerait ainsi que les familles locataires qui ont du mal à payer leurs factures d’électricité en hiver aient droit à un confort thermique sans se ruiner. Bien-sûr, on ne peut pas étouffer les libertés individuelles ou imposer un comportement en multipliant les taxes, mais on peut espérer que l’État puisse au moins investir une petite partie de ses deniers pour assurer une coordination de tels mécanismes qui permettraient de répartir un peu mieux les richesses et faire évoluer les mentalités individualistes.

     

    La progression de l’individualisme sur les choix politiques et les effets qu’il en découle sur le rôle de l’État ne sont peut-être pas de phénomènes nouveaux, mais le fossé qui se creuse entre les mieux nantis et les autres, écart illustré encore récemment par l’OCDE dans son dernier rapport sur la mesure du bien-être[1], fait en sorte qu’ils soient mis de plus en plus en évidence. L’actualité nous le montre bien depuis le début de l’année avec le mouvement des « indignés », né avec des manifestations de citoyens en colère contre les plans d’austérité mis en place par les gouvernements grecs et espagnols (pourtant de gauche) suite aux difficultés de ces deniers à emprunter de l’argent. Ces mouvements ont récemment pris de l’ampleur avec la mise en place de campements à proximité de Wall Street (Occupy Wall Street) et d’autres places financières à travers le monde. Ils auront certainement des répercussions politiques. Reste à savoir si ils iront jusqu’à forcer les états à répartir les bénéfices de la mondialisation et maîtriser cet individualisme croissant.

     

    Jean-Marie Heurtebize

     

    ENAP-7505 Cours du Lundi

     

     

     



    [1] “Comment va la vie”, OCDE, Octobre 2011

     

  • LES MÉDIAS SOCIAUX ET NOS ÉLUS

    Les médias sociaux et nos élus

     

     

    De nos jours il est d’actualité de se questionner sur la pertinence de l’utilisation des médias sociaux par nos élus. Il n’y a pas si longtemps les communications étaient uniquement réalisées par les journaux, la télévision ainsi que la radio. Au cours des années 90, l’internet a fait son entrée. En 2009, une étude faite par CEFRIO (centre facilitant la recherche et l’innovation dans les organisations) révélait que 13 % des Québécois s'informaient principalement sur le Web, tout juste derrière les journaux (16 %), alors que la part de la télévision (60 %) décroît rapidement (3 % de moins de 2008 à 2009).Cela me permet de comprendre pourquoi nos politiciens utilisent de plus en plus les médias sociaux comme moyen de rejoindre ses électeurs[1].

    De par le contact direct avec ses électeurs, le politicien peut éviter d’avoir recours au journaliste. Ceci lui facilite l’interaction avec eux et créer un certain rapprochement. Les stratèges les plus astucieux peuvent par la suite corriger le tir au fil des interactions et cibler les messages auprès d’eux. Il est vrai que les médias sociaux permettent d’humaniser nos politiciens.

    Barak Obama

    Barak Obama fut le premier candidat à la présidence des États-Unis à utiliser les médias sociaux. Il avait embauché un ancien de Facebook, Chris Hugues, dans la jeune vingtaine, pour non seulement bonifier sa campagne, mais carrément l'articuler autour du Web. Il va sans dire qu’il a réussi à faire sortir le vote des jeunes utilisateurs des médias sociaux.

    Stephen Harper

    Du côté de notre Premier ministre Stephen Harper, il s'est fait un peu de capital de sympathie auprès de l'électorat en chantant une chanson des Beatles sur You Tube. Il a aussi récidivé, également sur You Tube, en répondant aux questions des citoyens canadiens sur le dernier discours du Trône ; contournant par la même occasion les journalistes. On se souvient très bien, lors de sa dernière campagne électorale, de sa décision de restreindre le nombre de journalistes ainsi que le nombre de questions lors de ses allocutions en public. Il va sans dire que connaissant la philosophie de notre premier ministre sur le contrôle de l’information tant à l’interne qu’à l’externe, je ne suis pas surpris de le voir utiliser les médias sociaux[2].  Je suis de ceux qui pensent qu’il va augmenter sa présence étant donné qu’il est majoritaire et qu’il a la latitude nécessaire de promouvoir son idéologie politique.

    Denis Coderre

     

    De son côté, le député Denis Coderre est un des plus actifs. Il a près de 10 400 abonnés sur Twitter. On peut le suivre jour après jour et parfois d’heure en heure. Il explique pourquoi il utilise les médias sociaux « Tout outil de type Facebook nous permet de rejoindre les gens, d'échanger évidemment, mais surtout d'avoir une réaction quasi immédiate sur les dossiers de l'heure. (Il s'agit pour moi d'un moyen et non d'une fin). »[3]

     

    On se souviendra il y a un peu plus d’un an, l’évènement entre deux députés qui se « twittaient » en chambre en commentant la tenue vestimentaire des membres de l’opposition. Ceci et d’autres évènements ont amené la chambre à prendre des actions afin de garder un décorum et une crédibilité envers la population. Le comité permanent de la procédure et des affaires de la Chambre a soumis des recommandations concernant l’emploi des nouvelles technologies et leurs répercussions sur les délibérations de la Chambre[4]. La question se pose ! Pourquoi seulement en chambre ? La crédibilité de nos élus est aussi bonne sinon plus à l’extérieur qu’à l’intérieur de la chambre.

    Anthony Weiner

    Le député démocrate de New York Anthony Weiner est un bon exemple. Le 6 juin dernier il a admis avoir envoyé, via Twitter, des photos explicites à des jeunes femmes qu’il n’avait jamais rencontrées. Il s’agit du dernier scandale en date alliant sexe et politique aux États-Unis. Il devient la première personnalité politique américaine à voir sa carrière prometteuse brisée par Twitter nul besoin de vous dire que le président Obama lui avait suggéré fortement de démissionner afin de ne pas nuire davantage aux démocrates à l'approche de l'élection présidentielle. Ce cas est complètement l’extrême mais démontre clairement la vulnérabilité de nos politiciens qui sommes toutes sont des humains et ne sont pas à l’abri de scandale. Selon moi, tout comme plusieurs ils se sentent à l’abri et minimise la portée de leurs gestes par l’entremise des médias sociaux.

    Tout récemment, l’annonce de la retraite du journaliste Pierre Sormany, directeur des émissions d’affaires publiques de Radio-Canada suite à des propos sur Facebook concernant les attaques de Jacques Duchesneau contre les médias est un exemple très récent de l’utilisation des médias sociaux . Des parties de ces échanges se sont retrouvées sur Twitter, c’est Denis Coderre qui a récupéré la nouvelle et qui a avisé son ancien collègue Jean Lapierre. Ce dernier était visé par les propos.

    Il est très surprenant par le peu d’encadrement que les partis politiques imposent à leurs membres actifs sur l’utilisation des médias sociaux. Ils l’expliquent en disant qu’ils vivent déjà dans un univers très réglementé où chacun doit peser ses mots, de peur des conséquences qu’ils devront assumer. Il y aurait plusieurs raisons pour expliquer ce laisser-faire : d’abord, parce que tout ça est assez nouveau et que les partis semblent pris au dépourvu face à la popularité croissante de Twitter. Selon moi, expérimenter les médias sociaux, c'est marcher sur un fil de fer entre privé et public. Il est important de personnaliser le contenu mais à quel prix ? La marge est courte. Nous pouvons affirmer que nous sommes dans une zone grise qui s’appelle l’éthique. Nos politiciens font face à leur culture, leurs valeurs mais ils se doivent d’utiliser des règles de vies et des comportements qui reflètent la société[5].

    En Angleterre suite aux actes de violence de l’été dernier, le Premier Ministre David Cameron est intervenu à la Chambre des Communes et a fait part de son projet de censurer Twitter et les réseaux sociaux dans certaines circonstances. « La libre circulation de l’information peut être utilisée pour le bien. Mais elle peut aussi être utilisée pour le mal. Et lorsque les gens utilisent les médias sociaux pour semer la violence, nous devons les arrêter.  »[6]

    Je ne crois pas que nous sommes rendus à adopter une loi visant à restreindre l’utilisation des médias sociaux mais je crois que des réflexions s’imposent sur le volet éthique de nos élus. Il est clair que les élus sont le reflet de la population mais il doit y avoir certains principes qui guident cette utilisation afin qu’on puisse à tout moins rehausser leur crédibilité à leur égard.

     

    On peut se poser des questions sur les motivations de nos politiciens à être dans les médias sociaux : propagande, une façon de contourner les médias traditionnels, contrôler le message ou être plus près des citoyens ?

     

    Références

    (1)     http://www.cyberpresse.ca/le-soleil/dossiers/elections-federales/201103/26/01-4383568-elections-federales-incontournables-medias-sociaux.php

    (2)     http://franco.ca/canadienerrant/index.cfm?voir=blogue&id=11172&M=2964&item=11330&Repertoire_No=2137989372

    (3)     http://blogues.cyberpresse.ca/collard/2010/05/26/denis-coderre-twitter-et-la-politique/

    (4)     http://www.parl.gc.ca/HousePublications/Publication.aspx?DocId=4624469&Language=F&Mode=1&Parl=40&Ses=3

    (5)     Mercier, J. (2002). L'administration publique : de l'école classique au nouveau management public. Sainte-Foy, Québec: Presses de l'Université Laval.

    (6)     http://www.telegraph.co.uk/news/uknews/crime/8695272/UK-riots-text-of-David-Camerons-address-to-Commons.html



    André Goulet

    ENP 7505

    Automne 2011