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  • Blogue # 2/FLERIMOND…Le mot du droit n'a-t-il pas été dit dans l'affaire du docteur Guy Turcotte?

    Nul besoin de rappeler tous les débats qu’avaient provoqué et qui entourent encore la terrible découverte faite le 21 février 2009. Sans faire une chronologie détaillée des faits, on se le rappelle que pendant deux mois et demi, un jury a été retenu pour entendre que ce soit du côté de la poursuite ou de la défense une abondante mise en preuve au procès du docteur Guy Turcotte, accusé des meurtres prémédités de ses deux jeunes enfants, Olivier, 5 ans et Anne-Sophie, 3 ans. Au bout d’un procès fatidique, le jury a retenu la thèse de folie passagère qui a été plaidée et présentée par les avocats de la défense. Le principal accusé de cette affaire a été reconnu donc non criminellement responsable des actes qui ont conduit à la mort de ses deux enfants. Un choix qui a eu comme conséquences directes de lui éviter d’aller en prison, mais plutôt en traitement dans un centre psychiatrique où il y restera tant et aussi longtemps que son cas le nécessitera.

    En effet, le prononcé du jugement a eu l’effet d’une bombe, d’aucuns pensent que le jury a été induit en erreur par la défense en ce sens que ce n’était aucunement un cas de folie passagère, mais bien un cas d’intoxication, ce qui aurait engendré automatiquement sa responsabilité. Référence faite à la Cour suprême qui a déjà établi que si vous vous intoxiquez vous même, vous serez responsable de vos actes, et que seule une personne droguée et/ou intoxiquée à son insu peut être reconnue non responsable de ses actes. Un écho rejeté catégoriquement par la défense qui avait tenu à rappeler qu’il s’agissait bien d’un cas d’état second et non d’intoxication volontaire. Ce dont ils avaient eu le privilège de diriger et d’établir en cour.

    En dehors de toutes formes de colères, d’émotions, de sentiments qui étaient venus ronger les gens par rapport à la décision qui a été prononcée, il faut comprendre que les jurés avaient l’obligation de décider en fonction de la preuve qui leurs avait été présentée. Ils ne pouvaient pas aller au delà de ce qui leurs a été indiqué par le juge dans le cadre de l’administration de la justice. De plus, la preuve de folie passagère n’a jamais fait l’objet d’une quelconque contestation de la part de la poursuite. Ce qui a laissé libre cours aux avocats de la défense de diriger leurs preuves là où ils le voulaient, pour finalement obtenir pour leur client un verdict de non criminellement responsable en raison de troubles mentaux.

    Pour  ma part, je ne suis pas un ami et encore moins un admirateur du docteur Guy Turcotte, et je ne suis pas non plus au courant des détail de son dossier. Néanmoins, qu’il me soit permis de souligner certains principes et enjeux de l’administration publique  eut égard à ce qui pourrait ressembler à la principale décision judiciaire de cette décennie au Québec en terme de portée. Il faut  se rappeler que le bon fonctionnement de tous les États de droit est et sera toujours tributaire du respect d’un ensemble de règles formelles et/ou informelles. Tous les gestes, que ce soit au niveau politique, législatif ou judiciaire, doivent trouver leur racine dans une règle de droit et particulièrement dans la constitution qui garantit les droits de tout un chacun. Dans un État de droit, il faut donc avoir de l’encadrement pour que les droits soient respectés et que l’on puisse les faire respecter. Là dessus, ce sont fondamentalement les tribunaux qui sont responsables de la gestion des prétentions de droit.

    Pour revenir à l’affaire Turcotte, regardons l’état du droit et déterminons sa place dans la responsabilité pénale. En effet, pour ce qu’il s’agit des troubles mentaux, on parle de toute sorte de troubles généralement quelconque. L’article 2 du Code criminel nous dit que les troubles mentaux sont en fait toutes les maladies mentales qui affectent d’une manière ou d’une autre le cerveau. La Cour suprême a défini la maladie mentale comme étant tout désordre organique susceptible d’avoir dérangé les facultés cognitives d’une personne. Dans le temps, on parlait d’acquittement pour cause d’aliénation mentale. Maintenant l’article 672.34 du Code criminel parle plutôt de verdict de non responsabilité criminelle pour cause de troubles mentaux. Toutefois, il faut comprendre qu’il ne s’agit pas d’un acquittement. Une personne sera punie si elle commet volontairement un acte illégal, toutefois, si cette personne n’avait pas tout son état mental, on va reconnaître que des gestes ont été posés, mais à cause de son état mental, elle ne sera pas tenue criminellement responsable. À ce niveau, on se questionne sur l’état de santé mentale de l’individu au moment où l’infraction a été commise et ce denier peut faire valoir lors du procès certaines circonstances  comme les maladies mentales qui le dégagent de toute responsabilité criminelle.

    Entre autre, pour qu’une personne soit déclarée non responsable, elle a un fardeau par prépondérance à faire valoir. Vu que toute personne est présumée saine d’esprit en vertu de l’article 16 (2) du Code criminel, ce n’est donc pas aux procureurs de la poursuite à prouver que l’accusé est saine d’esprit, c’est à ce dernier d’établir par prépondérance de probabilité qu’il était frappé de troubles mentaux qui l’empêchaient soit de connaître la nature ou la qualité de ces actes ou soit que l’acte était moralement mauvais, et ceci, en vertu de l’article 16 (3) du même code. À ce stade ci, l’expertise psychiatrique n’est pas obligatoire, on n’a donc pas besoin de l’aide d’un psychiatre pour établir la maladie mentale. Si le tribunal arrive à la conclusion que l’accusé est atteint de troubles mentaux qui l’empêchent de juger de la nature  et la qualité de ces actes ou que ces actes étaient moralement mauvais, il est tenu de rendre un verdict spécial de non responsabilité pour causes de troubles mentaux. Une fois le verdict rendu, l’article 672.54 du Code criminel donne l’ouverture à 3 possibilités : Une libération pure et simple ; une libération avec certaines conditions qui seront imposées par le juge, en général, pour des cas moins sérieux ; une détention dans un hôpital. Dans ce dernier cas, l’article 672.54 nous dit également que l’individu peut être détenu dans un hôpital sous réserve d’une décision soit de l’hôpital ou de la commission d’examens des troubles mentaux, organisme indépendant qui va se charger de le surveiller dans son évolution. Il restera détenu tant et aussi longtemps qu’il ne sera pas guéri.

    Là dessus, on ne peut pas nier que les avocats du docteur Turcotte ont fait un excellent travail. Ils ont été capable à leurs façons bien sûr de démontrer que la maladie de leur client était d’une gravité telle qu’au moment de l’infraction, il était soit incapable de juger la nature et la qualité de ses actes, donc il ne savait pas ce qu’il faisait ou qu’il a été empêché à cause de sa maladie mentale de savoir que son acte était moralement mauvais. Malgré les circonstances qu’on connaît tous, ils ont réussi à lui éviter la prison et à le faire placer provisoirement à l’Institut Philippe Pinel en attente de la décision de la Commission d’examen des troubles mentaux.

    Depuis son séjour à l’Institut Philippe Pinel, plusieurs interrogations se posent quant à l’idée qu’il devrait rester ou sortir de l’Institut. La commission doit maintenant décider si le docteur Turcotte peut retourner vivre en société ou s’il doit rester à l’hôpital pour recevoir les soins que nécessite son cas. Quant à ses avocats, ils militent en faveur de son suivi psychiatrique en communauté, de sa libération inconditionnelle et proposent même, au cas où la commission aurait refusé de lui accorder cette dernière, une libération avec conditions. L’affaire est encore en délibéré, et la commission rendra sa décision à un moment qui n’est toujours pas arrêté. En fait, personne ne sait quelle décision sera prise au terme de cette audience. La commission peut décider de le garder dans un centre hospitalier durant une année où il recevra les traitements que nécessitera son cas afin de ne plus constituer un danger pour la société. Dans ce dernier cas, tant et aussi longtemps qu’une libération sans condition n’est pas octroyée une révision annuelle du dossier s’imposera pour déterminer si une nouvelle décision doit être prise.

    In fine, ce drame contre nature, insensé, a été sans contredit une dure épreuve pour beaucoup de personnes, qu’on pense aux petites victimes, à leurs proches, aux voisins, aux différents intervenants au dossier etc. Le verdict de non-responsabilité criminelle pour cause de troubles mentaux est venu chercher profondément les gens, en a surpris, choqué, outré et indigné plus d’un au point de crier à l’injustice et de traiter le système de justice de bonbon ou de trop clément. Néanmoins, qu’on le veuille ou non, Guy Turcotte a été reconnu non criminellement responsable pour causes de troubles mentaux, car le jury en était arrivé à la conclusion qu’il était plus probable qu’improbable que le docteur Turcotte se trouvait dans un état d’esprit tel qu’il lui était impossible de juger la nature et la qualité de ses actes au moment où il les avait posés et qu’il était incapable de distinguer le bien du mal. Fort de ces considérations, il ne peut être dirigé vers un établissement carcéral conventionnel.

    Même si nous ne sommes pas d’accord avec le choix des jurés et même si certains n’y adhèreront jamais, ce qui est très compréhensif eut égard à la gravité des faits. Il n’en demeure pas moins que c’est ça l’État de droit, l’application des décisions des cours et des tribunaux. S’il y a un problème, on peut toujours aller en arbitrage. De plus, les principes fondamentaux du droit prévoient la possibilité de recours par rapport à toutes les décisions qui peuvent être prises par les tribunaux inférieurs. Autrement dit, il existe toujours des mécanismes d’appel qui peuvent amener jusqu’à la Cour suprême pour faire valoir ses droits si on pense avoir été lésé dans ses prétentions de droit sous une forme ou sous une autre. C’est le principe de la primauté du droit, facteur déterminant dans le fonctionnement de toutes les sociétés de droit.

    Qu’on soit clair là dessus, je n’étais pas entrain de prêcher pour  la non culpabilité du  docteur Turcotte dans cette situation dramatique qui ne finira jamais de nous interpeller. J’ai tout simplement essayé d’analyser la situation sous un angle objectif avec les éléments que j’avais du dossier. Je fais parti de ceux qui pensent que c’est immonde ce que le docteur Turcotte a fait, néanmoins, cela ne doit pas nous empêcher de soulever et d’analyser certains principes et enjeux ayant rapport avec l’administration publique dans sa gestion  de la justice et dans sa quête d’assurer la primauté du droit et de la loi en tout et partout. 

  • Blog2 - Amssiyafe Said. Question d'accomodement

    Ces derniers temps un événement fait la une des médias, c'est à propos de la pratique de chez Olymel qui produit de la viande Hallal en parallèle avec la production habituelle de viande. Le fait de vendre du poulet hallal sans étiquetage a provoqué des réactions. Selon certaines personnes, cette pratique va à l’encontre des valeurs fondamentales du Québec. Le Québec vit une crise identitaire, cette crise on peut la constater dans les débats sur les accommodements raisonnables que le pays a connus ces dernières années et ce qui a déclenché la commission Taylor-Bouchard. L’accommodement, est un mot dont on a parlé beaucoup, on a même créé une commission pour le démystifier. D'où vient cette notion d'accommodement raisonnable? Il s'agit d'un concept juridique qui découle naturellement du droit à l'égalité que garantissent les chartes canadienne et québécoise des droits et libertés. Ce concept a été invoqué une première fois par la Cour suprême du Canada dans un jugement rendu en 1985 dans une cause opposant une caissière au groupe Simpsons-Sears. La plaignante refusait de travailler le samedi pour des motifs religieux. Elle s'est plainte d'être victime de discrimination religieuse lorsque son employeur a décidé de la reléguer au statut d'employée occasionnelle. La Cour lui a donné raison et a jugé que même si l'obligation d'accommodement raisonnable n'est pas explicitement inscrite dans les lois, elle en fait partie de façon implicite. L'obligation d'accommodement raisonnable est née lorsque les tribunaux se sont penchés sur l'application du droit à l'égalité garanti par les chartes canadienne et québécoise des droits et libertés. Voir c'est quoi l'accommodement et qui peut avoir le privilège d'être accommodé, c’est ici ou réside la question. C'est une obligation faite à l'État, à des entreprises ou à des organisations d'adapter des règles générales en tenant compte des besoins particuliers de certaines personnes dont les droits et libertés seraient brimés autrement. L'obligation concerne tous les motifs de discrimination mentionnés dans les chartes. C'est un moyen de réparer certaines situations de discrimination au sens légal du terme. Le Québec a connu aussi beaucoup de contestations de la part d'une minorité de la population - surtout la population immigrante- qui réclamer son droit à se comporter de la façon dont leurs coutumes ou religions les obligent à le faire. Cette attitude a provoqué des réactions et a fait la manchette des journaux. Mais dans un État de droits on cherche toujours a adopté une solution approuvée par tous, c’est pour cette raison que la commission Taylor- Bouchard a été créée pour discuter avec la population et analyser les différents points de vue des intervenants sur la question. L'obligation de l'État et des divers intervenants sur la place publique est de limiter ces difficultés d'interprétation ou d'application en opérant des ajustements qui permettent plus de considération à ceux qui sont victimes de discrimination réelle et prouvée. L'accommodement raisonnable est l'un de ces outils juridiques qui donne une certaine flexibilité à la loi dans l'atteinte de résultats satisfaisants pour les personnes sujettes à des obstacles ou à des préjugés particuliers et répétés. Mais l’affaire d’Olymel va-t-elle dans ce contexte d’accommodement?

  • Blog 2 - Jean-François Cusson - En bon père de famille...

    Le Québec traverse actuellement la plus importante grève étudiante de son histoire.  En tant qu’étudiant en administration publique, ce conflit m’interpelle à plusieurs égards. Évidemment, mon statut d’étudiant fait en sorte que je suis directement concerné par les événements actuels. Cela dit, je suis avant tout un travailleur – cadre dans l’administration municipale – et les coûts de la formation que je suis présentement à l’ENAP seront, au final, défrayés par mon employeur. On pourrait donc penser que je n’ai pas vraiment à me soucier de la hausse massive des frais de scolarité annoncée par le gouvernement Charest puisque je n’en ferai pas, au sens propre comme au figuré, les frais.

     

    Cette hausse anticipée n’aura pas d’impact sur mes finances, déjà bien affectée par les dettes contractées par de précédentes études. Et pourtant, j’ai le sentiment que la situation m’affecte au plus haut point, en tant que citoyen, étudiant et gestionnaire dans l’administration publique. Je voulais donc prendre le temps, ici, de présenter pêle-mêle quelques réflexions suscitées par cette situation.

     

    En administration publique, on entend souvent l’expression « gérer en bon père de famille » (Bonus pater familia) pour qualifier les comportements et attitudes que devrait adopter les gestionnaires, le gouvernement, et plus largement, l’appareil de l’état. Cette expression signifie que le gestionnaire ou la personne morale en position d’autorité doit agir afin d’assurer la sécurité et l’équité pour ses administrés, en omettant de prendre des risques inconsidérés ou de lésés indument un membre de sa « famille ».

     

    Dans l’état actuel des choses, il me semble que le gouvernement adopte une posture en totale contradiction avec ce principe, pourtant universellement reconnu dans les canons du droit public.

     

    Le principe d’équité

    La génération qui fréquente aujourd’hui les Cégeps et universités fera, si toutefois aucune modification à la décision du gouvernement n’est prise, les frais d’une mesure tout à fait inéquitable de la part de son père symbolique. Ainsi, pourquoi une génération aurait-elle à subir une augmentation de 75 % sans broncher, votée par des gens qui auront pu profiter d’un système d’éducation supérieur ouvert et accessible ? Si, comme le gouvernement libéral l’affirme, les frais de scolarité n’ont jamais été aussi bas (en dollars constants) depuis 1968, comment peut-on justifier d’en faire assumer le rattrapage par une seule génération ?

     

    On pourrait rétorquer à cela qu’il n’apparaît pas équitable pour les contribuables n’ayant pas fréquenté l’université de devoir payer –via leurs taxes et impôts – pour ceux qui y étudient et qui auront, selon toute vraisemblance, un meilleur salaire qu’eux après leur diplômation. J’opposerai à cet argument simpliste celui des garderies à 7$ : pourquoi les gens sans enfant devraient-ils contribuer à payer pour ceux qui font garder les leurs à prix modique ? Parce que, comme le soulignait d’ailleurs une étude récente[1], c’est profitable pour la société dans son ensemble. Comme les études universitaires…

    Le principe d’équité est aussi mis en cause, considérant la hausse prévue, en ce qui a trait à la question de l’accessibilité des études supérieures. Le gouvernement a beau bonifier le programme de prêts et bourses (c’est-à-dire, essentiellement, octroyer plus de prêts et faire en sorte, au final, d’alourdir encore plus le fardeau de la dette chez les étudiants), la hausse aura nécessairement un impact sur la fréquentation et l’accessibilité de l’université. Au Royaume-Uni, par exemple, la récente hausse des droits de scolarité a été marqué par une diminution d’environ 12 % de la fréquentation universitaire. Et on ne se le cachera pas, ce ne sont pas les plus nantis que freinent de telles hausses; ce sont au contraire les plus défavorisés, les jeunes issus de familles plus pauvres qui, loin d’entrevoir avec ravissement un avenir meilleur grâce à la poursuite d’études supérieures, voient plutôt poindre devant eu le spectre d’une dette importante.

     

    Un père veille à la sécurité de ses enfants…

    D’autre part, l’un des aspects qui me dérange le plus dans le conflit actuel – parce qu’il s’agit bien d’un conflit et d’une grève, et non d’un boycott comme le clame à tort et à travers le gouvernement – c’est l’intransigeance et l’absence choquante d’ouverture à la discussion de la part de Québec.  Devant un tel mutisme, il est bien normal que la situation en vienne à dégénérer. Pour moi, les débordements dont nous pouvons être témoin à l’heure où j’écris ces lignes doivent être directement attribués au laisser-aller du gouvernement en place, qui persiste et signe dans sa stratégie de la terre brûlée et de  l’épuisement du mouvement étudiant.

     

    Dans l’état actuel des choses, il m’apparaît du devoir du gouvernement d’apaiser la situation et de proposer un dialogue. Au lieu de quoi, on semble délibérément attendre que des actes regrettables soient commis (menaces physiques sur des élus, saccages de bureau de ministres ou de sociétés d’état, etc.) afin de décrédibiliser le mouvement dans son ensemble et faire paraître ses militants comme des enfants qu’il faut discipliner (quand on ne le traite pas, tout bonnement, d’enfants-gâtés). Qui plus est, on assiste depuis quelques jours à des scènes absolument disgracieuses opposant des étudiants qui veulent assister à leurs cours à ceux qui tiennent les piquets de grève devant les établissements scolaires. Voilà bien une situation qui découle, encore une fois, de l’obstination malsaine du gouvernement (qui, ayant cédé sur de mauvaises décisions par la passé, semble dans la position absurde de devoir défendre coûte que coûte une mesure regrettable sous peine de se voir accolé, pour la énième fois, l’étiquette de la mollesse et de l’inconséquence).

     

    En l’absence du père, le juge !

    Cette contestation a été marquée dans les derniers jours pas un phénomène assez inusité – du moins en ce qui concerne le mouvement étudiant – la judiciarisation du conflit. En effet, depuis près d’un mois, les demandes et les jugements en injonction se multiplient auprès des tribunaux québécois pour forcer la tenue ou la reprise de certains cours.

     

    Du point de vue de l’administration publique, l’actualité récente pose ainsi la question du rôle qu’on a joué les tribunaux dans la relation conflictuel entre, d’une part, le gouvernement et les établissements d’enseignement supérieur et, d’autre part, une bonne proportion des étudiants et les associations et fédérations qui les représentent.

     

    Dans ce dossier, les requêtes en injonctions m’apparaissent soit 1- strictement égoïste (argument selon lequel la grève cause un préjudice personnel), soit 2 – strictement administrative (les établissements d’enseignement ne considèrent que les problèmes administratifs reliés à l’annulation ou à la prolongation d’une session). Paradoxalement, ces recours en justice sont rendus presque nécessaires considérant l’inaction du gouvernement : devant l’impasse qui perdure, il est tout à fait normal que des étudiants cherchent à sauver les meubles. De la même façon, il est tout aussi normal de voir les administrations des Cégeps et universités recourir à ces mesures étant donné la situation chaotique et ingérable dans laquelle les placerait l’annulation d’une session d’étude. L’absence d’ouverture du gouvernement les propulse dans une impasse où elles auront à se dépêtrer avec les contrats de travail du corps enseignant, la surutilisation des locaux et l’arrivée de nouvelles cohortes d’étudiants.

     

    Il est malheureux de constater que, dans ce dossier, le gouvernement semble avoir complètement abdiquer ses responsabilités. À tous points de vue, il ne gère pas la situation en bon père de famille. Qui plus est, il s’attaque à un groupe de la société qui n’a pas encore un grand pouvoir économique, qui, du moins lors des derniers scrutins électoraux, s’abstient plus qu’il ne vote et qui est facilement infantilisable aux yeux de l’opinion publique.

     

    Le bon père de famille est celui qui voit à long terme et gère les actifs dont il dispose de façon à les faire fructifier, sans prendre de risque indu. Nous nous trouvons malheureusement face à un mauvais père qui, comme s’il pouvait compenser ainsi, abuse du paternalisme.

     

     



    [1] Radio-Canada.ca, « Les garderies à 7 $ sont rentables, selon une étude », http://www.radio-canada.ca/nouvelles/Economie/2012/04/12/016-garderie-subventionnees-rentables.shtml (consulté le 14-04-12)

     

     

     

  • Blog#2 D.N.HIEN -L'« obamacare» et la complexité du secteur public

     


     

    Le journal  Metro du lundi 2 avril 2012 titrait à la page 14,  « santé, brocoli et démagogie» un article de monsieur Antoine Char, journaliste et professeur à l'université du Québec à Montréal       ( UQAM).

    L'auteur dans cet écrit, analyse les propos du juge conservateur Antonin Scalia de la cour suprême des États- Unis sur la réforme du système de couverture de la santé appelée Protection and Affordable Care Act , l'une des réformes phare de l'administration Obama.

    Oui!  s'il ya un sujet qui défraie la chronique aux USA, c'est bien la réforme du système de couverture de santé qualifiée d' « obamacare» par ses détracteurs comme le souligne Char. cette réforme qui a pour objectifs d'amener  tous les américains d'ici à 2014 à souscrire une assurance maladie ne fait pas cependant l'unanimité au sein la classe politique américaine.

    Dans cet ordre d'idées, Antonin Scalia  dira que « forcer chaque Américain à avoir une assurance maladie, c'est un peu comme le contraindre à acheter du brocoli, où  à acheter une voiture» .

    Les raisons principales de telles oppositions s'articulent autour de certaines valeurs et idéologies basées sur une liberté individuelle hostile à toute intervention de l'État dans la vie privée de chaque américain. Ils estiment que toute intervention de l'État favoriserait les classes moyennes. Ce faisant, le chacun pour soi doit prévaloir et les régimes publics d'assurance maladie tels qu'ils existent en ce moment, doivent rester en l'état car seul l'individu est responsable et non le groupe; par conséquent, aucun américain ne devrait payer plus de primes que d'autres. 

    Cet article fort intéressant traduit pour nous tout l'intérêt des choix politiques sur la définition du secteur public.

     En effet,aux États-unis, la production du bien « santé» est confiée pour l'essentiel aux facteurs de production  ( médecins ,hôpitaux, compagnies d'assurance privées)[i] .

    Dans un contexte où passer une nuit aux urgences pourrait coûter  10 000$ en moyenne selon Char ,  nous comprenons que le projet de réforme du système de couverture en assurance santé puisse se défendre car, traduit- elle une volonté politique d'atténuation des conséquences des inégalités qui existent entre les américains. Au moment où 32 millions d'entre eux sont dépourvus d'une assurance maladie une intervention gouvernementale permettra de leur offrir une couverture sanitaire si le projet venait à voir le jour.

    Or, l'idéologie qui a dominé  cette démocratie pendant longtemps, semble privilégier la liberté individuelle conditionnant ainsi les décisions du secteur publique par les intérêts individuels.

    l'individu étant responsable et non le groupe, l' «obamacare» peut être considéré comme étant une  intervention gouvernementale qui remet en cause certaines valeurs libérales  de type américaine  notamment celles défendues par les auteurs du public choice qui assimilent d'ailleurs  selon Mercier le politicien à un entrepreneur dont le but principal est sa réélection; Dans cette veine, Il devra s'assurer de la production des biens publics et sera désireux d'augmenter ses chances d'être réélu[ii]

    Dans cette même logique,  la promesse de Mitt Romney de se débarrasser de l'« obamacare» se comprend  s'il était élu à la présidence des USA en novembre prochain; une manière pour lui donc d'annoncer sa préférence à  une définition extensive du secteur public afin de dénoncer plus facilement les innombrables interventions des autorités dans les activités des êtres humains et aboutir ainsi à une déréglementation des activités des entreprises et des agents économiques[iii] alors qu'il a gouverné le Massachusetts avec un système de santé semblable.

    Ainsi, malgré les tentatives de séduction pour construire un consensus social autour de  cet historique et ambitieux projet de réforme , les regards sont pour le moment tournés vers la Cour suprême qui, devrait se prononcer sur son caractère constitutionnel ou non au mois de juin à la demande de 27 États républicains comme pour nous rappeler qu'en Administration publique, tout doit être approuvé.

    Au regard de ce qui précède, nous pouvons dire avec Tremblay qu' «en proposant sa propre définition du secteur public, une personne exprime sa vision du monde et son idéal» . Autrement dit, la définition du secteur public reste fortement tributaire des choix politiques et dans le contexte de l'«obamacare»,nous pourrons paraphraser Joseph facal pour  affirmer que le décideur public jongle avec des symboles, des valeurs et des espoirs qui ne font pas consensus, afin de traduire  la complexité du secteur publique .[iv]



    [i]  Mercier, J.(2002) ,l'Administration Publique. De l'École classique au nouveau management public,.Les Presses de l'Université Laval, p.303

     

    [ii] Mercier, J.(2002) ,l'Administration Publique. De l'École classique au nouveau management public,.Les Presses de l'Université Laval, p.303

     

     

    [iii] Tremblay,P.P. (dir),(1997). L'État administrateur, Sainte-Foy: Presses de l'Université du Québec, P.10

     

    [iv] notes de cours ENP7505-Trudel séance n°1 coupure de presse, 19 septembre 2005 . Jacqueline Cardinal et Laurent Lapierre.