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L'autobus de la démocratie

L’autobus de la démocratie

Le jeudi 27 octobre dernier, dans le cadre de mon séminaire d'intégration des apprentissages en administration publique de l’École Nationale d'Administration Publique (ÉNAP), j’ai eu le plaisir d’aller pour la première fois de ma vie à l'Assemblée Nationale du Québec. Pour cette journée, nous étions accompagnés par le légendaire Rémy Trudel, guide touristique par excellence à l’assemblée nationale et ancien député et ministre du parti Québécois. D’entrée de jeu, alors que nous étions tous dans l’autobus en direction de Québec, M. Trudel nous avisa que cette journée serait « la plus belle journée de notre vie !». Fidèle à ses habitudes, plusieurs anecdotes politiques ont été évoquées par Monsieur Trudel lors du trajet en autobus. Pour joindre l’utile à l’agréable, nous avons reçu une formation sur les droits aborigènes. Saviez-vous que les peuples autochtones n’ont jamais été militairement conquis ? C’est l’une des raisons pour lesquelles le statut des (Loi sur les Indiens) semble si complexe au Québec. Cette revue historique m’a fait prendre conscience de la méconnaissance des enjeux majeurs concernant cette nation et de l’importance de trouver des moyens de coexister avec ce peuple fondateur.

Nous sommes arrivés pour la période de questions, vers 10:00. J’ai été impressionné par l’architecture de l’assemblée nationale, mais également par la disposition des espaces permettant d’assister à la période des questions. La vue du Salon bleu, du haut des estrades, est impressionnante. J’ai constaté que la disposition des sièges des élus avait également son importance. La disposition des sièges des ministres a une fonction et une symbolique stratégique. Par ailleurs, toujours en lien avec cette disposition, les élus d’arrière-scène semblaient avoir un niveau d’attention peu soutenu pendant toute la durée de la période de questions. J’avoue que j’ai ressenti un certain malaise face à l’attitude de plusieurs de nos élus. Ce qui m’a surpris le plus, c’est le manque d’écoute, et le non verbal des députés lors de la période des questions. Je me questionne même sur l’éthique de nos députés en matière de décorum. Certains lisaient même La Presse+ ! Je ne crois pas que l’attitude démontrée par nos élus à l’assemblée Nationale lors de la période des questions représente les valeurs de notre système politique, administratif et législatif au Québec. Par contre, devant de telles attitudes, je ne suis pas surpris que la population démontre de plus en plus de cynisme et de mépris envers les élus.

Heureusement, notre participation à la commission parlementaire sur le projet de loi 62 - Loi favorisant le respect de la neutralité religieuse de l’État et visant à encadrer les demandes d’accommodements religieux dans certains organismes, m’a permis de voir l’autre facette des responsabilités de nos élus au niveau législatif. Je ne peux passer sous silence la présence et la prestation de Mme Fatima Houda-Pépin qui, à notre grand plaisir, nous accompagnait lors de ce voyage. Voici en résumé ce que je retiens de cette expérience.
Il faut souligner que madame Fatima Houda-Pépin a proposé un projet de loi sur la neutralité religieuse - le 491 et par la suite a été exclue du caucus libéral en 2014 par son chef, Philippe Couillard, en raison d'un désaccord sur le port de signes religieux par les fonctionnaires.

Dans ce contexte, je crois que les membres du gouvernement libéral appréhendaient à juste titre la présence de Mme Houda-Pépin à cette commission. Avec un aplomb hors du commun, elle a affirmé que dans la version actuelle du projet de loi sur les accommodements religieux, cette proposition permettrait le port de vêtements tels le tchador, le niqab et la burqa par les employés de l'État. Elle a ajouté que le premier paragraphe de l'article 9 autorise le port du tchador. Pour supporter son propos, elle a fait un rappel historique sur les origines du port des vêtements selon l’islam. Elle a démontré qu’il n'y a aucun dogme religieux relié à leur port, mais qu’il s’agit plutôt d’une volonté politique d'asservissement de la femme. Pour elle, le niqab, le tchador et la burka, sont des symboles d'oppression des femmes et non des signes religieux, et ce n'est pas l'islam, mais l'islamisme, la doctrine politique, qui veut les imposer.

Du point de vue stratégique et politique, Mme Houda-Pépin a interpelé directement la ministre de la Justice, Stéphanie Vallée, de cette façon «Vous êtes ministre, vous êtes une femme, vous êtes députée,» «Qu'est-ce que ça vous dit l'égalité entre les femmes et les hommes?» C’est à ce moment précis que nous vu l’étendue des ressources stratégiques de Madame Houda-Pépin. Elle a également profité de la situation pour écorcher le parti libéral. Elle a indiqué que le gouvernement libéral n’allait pas assez loin avec son projet de loi qui oblige uniquement que les services publics soient donnés et reçus à visage découvert. Dans un dernier tour de force, elle a réclamé une définition plus précise la neutralité de l'État dans le projet de loi portant sur la neutralité religieuse et souhaité que l'esprit partisan soit mis de côté pour régler cette question qui traîne depuis plusieurs années. «Si vous voulez faire œuvre utile, pas pour le Parti libéral, le PQ, la CAQ ou Québec solidaire, mais pour le Québec, ce projet de loi doit être réécrit.»

Au niveau procédural, j’ai particulièrement apprécié les modalités d’échange et de questions entre madame Maltais du parti québécois et Mme Roy de la CAQ, qui représentent les partis d’opposition. Dans ces échanges, j’ai constaté une véritable volonté de comprendre la position de Mme Houda-Pépin. Il faut également souligner, malgré la joute politique libérale, l’ouverture de la ministre Vallée pour ajuster, s’il y a lieu, le projet de loi en fonction des interventions des divers acteurs de la commission sur la neutralité religieuse.

En conclusion, je constate que les travaux de la commission parlementaire sont un exercice très pertinent pour notre démocratie. Que la population, et je m’inclus, ne soit malheureusement pas au courant du travail indispensable de nos élus en matière de législation dans notre société libérale, est malencontreux. Nous devons nous considérer privilégiés de vivre dans un environnement où le droit de parole et de pensée sont des valeurs essentielles de notre démocratie.
En terminant, je dois souligner notre rencontre avec les députés au restaurant le Parlementaire. Nous avons pu discuter avec plusieurs députés de tous partis confondus. En autres, j’ai eu le privilège de discuter avec François Gendron, député de la circonscription de l'Abitibi-Ouest pour le Parti Québécois depuis maintenant 40 ans. Monsieur Jean François Lisée, député et nouveau chef du Parti Québécois, est venu prendre une photo avec les électeurs de sa circonscription, dont je fais partie, et il s’est empressé de la publier par la suite. Mes enfants et ma conjointe ont été impressionnés!

Merci, M. Trudel, de nous avoir permis de vivre cette journée qui restera toujours gravée en ma mémoire.
Stéphane Roy

Commentaires

  • L'engagement dans sa communauté et son milieu M. Stéphane est toujours un gage de croissance personnelle et professionnelle
    qui vaut son pesant d'or pour davantage de réussite et de ...bonheur ! Proftrudel

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