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Enseignement de l'anglais au primaire: l'art d'improviser une décision politisée pour l'avenir de nos enfants...

C’est avec beaucoup d’intérêt et d’un œil amusé que j’observe à quel point les politiciens tentent d’improviser actuellement concernant la situation de l’enseignement de l’anglais langue seconde dans les écoles québécoises.  En effet, je constate depuis deux ans que les ministres se succèdent et tirent dangereusement  les ficelles du pantin que représentent les écoles primaires publiques de notre province.  On se souviendra qu’en janvier 2011, sous le gouvernement libéral de Jean Charest, le Ministère de l’éducation des Loisirs et des Sports du Québec (MÉLS) a tenté : d’imposer aux commissions scolaires de tout les Québec qu’elles étendent à toutes les classes de 6e année d’ici 2015-2016 l’enseignement intensif et obligatoire de l’anglais aux élèves durant la moitié de l’année scolaire et de comprimer le reste de la matière sur l’autre moitié du calendrier.[i]

Depuis l’élection de Pauline Marois et du Parti Québécois, le MÉLS pense maintenant à modifier, voire à reporter l’implantation de l’enseignement de l’anglais intensif au primaire et envisage d’abolir les cours d’anglais obligatoires en 1re et 2e années du primaires dans les écoles publiques du Québec.[ii]  Pendant ce temps, les familles « riches » ont accès à des écoles privées non subventionnées où les élèves reçoivent un enseignement intensif de l’anglais tout au long de leur parcours…

En effet, en tant que directrice d’un établissement primaire, je sais pertinemment que les affirmations faites par le MÉLS depuis 2011 sur ce sujet sont hautement politisées et ne tiennent aucunement compte des contraintes des commissions scolaires et de la réalité de ses écoles.  D’ailleurs, les acteurs du milieu québécois de l’Éducation ont accueilli avec scepticisme en 2011 le projet libéral qui ne considère pas la pénurie actuelle d’enseignants qualifiés en anglais, ni du problème majeur de gestion de la convention collective des enseignants en ce qui a trait l’abolition de 50% des postes d’enseignants de 6e année, advenant l’implantation de l’anglais intensif dans toutes les classes de 6e année de notre province :  un enseignant pour deux classes de 6e année serait alors nécessaire pour dispenser les autres matières pendant la moitié de l’année consacrée aux apprentissage effectués en français.   Tant d’autres questions sont demeurées sans réponse depuis, quant aux élèves en difficultés d’apprentissage et la réorganisation de la grille-matières en conséquence.

La mission de l’école québécoise étant d’instruire, de socialiser et de qualifier TOUTES les personnes, cette question constitue un enjeu majeur en ce qui a trait à l’adéquation de la formation aux besoins socioéconomiques dans un contexte de mondialisation.  L’État se doit de mettre en œuvre des politiques cohérentes en Éducation.  Nous avons le devoir de nous assurer du fait que nos enfants possèdent les connaissances et les compétences nécessaires pour faire face au marché du travail qui exige désormais de pouvoir communiquer avec le monde entier, peu importe le domaine professionnel dans lequel ils évolueront.  Le degré de maîtrise de la langue anglaise par nos enfants influencera directement la force de la présence du Québec sur la scène internationale, enjeu majeur de notre État contemporain.  Pour maintenir notre rôle actif accompli depuis plus de 40 ans de travail acharné, il faudra, tel que le mentionne Nelson Michaud : « …que soient maintenues les ressources nécessaires à la conduite de l’action internationale du Québec. (…) Le Québec devra être à l’affut et savoir flairer les défis qui se présenteront à lui.  Dans un monde de constante mutation, il devra être en mesure de réagir rapidement (…) »[iii]  Pour ce faire, il devient plus que jamais incontournable de maîtriser la langue de communication internationale que représente l’anglais.

Cependant, je crois qu’il faut demeurer prudent dans la mise en œuvre des programmes d’enseignement de l’anglais langue seconde.  Il est périlleux à mon avis de laisser la ministre Malavoy conjecturer ainsi concernant une question aussi importante.  Il apparaît que nous avons ici un exemple parfait qui prouve hors de tout doute le fait que la population en générale croit à tort  que : « …les fonctionnaires exercent une influence considérable, voire abusive, sur les élus. » et une preuve indéniable du fait que les politiciens « … auraient avantage à mieux tenir compte des opinions provenant du personnel administratif, ce qui leur éviterait de prendre autant de décisions axées sur des considérations uniquement politiques. »[iv], tel que l’affirme Claude Morin.

Mes collègues directeurs et directrices d’établissement et moi-même avons l’impression de retourner dans le temps, à l’époque de Duplessis, où l’on tentait de maintenir le « peuple » dans l’ignorance pour mieux le contrôler.   La vie de nos enfants et les perspectives d’avenir de notre société méritent que l’on s’attarde en profondeur à cette question importante. 

 

Je pense qu’il serait sage de maintenir le programme actuel d’enseignement en anglais langue seconde au 1er cycle, introduit depuis 2006 dans les écoles québécoises, car, tel que mentionné dans le Programme de formation de l’école québécoise à la page 3 : « Des études publiées démontrent que la capacité cérébrale d'acquisition des langues d’un jeune enfant est telle qu’il peut apprendre plusieurs langues en même temps. L’apprentissage d’autres langues en bas âge, soit entre 3 et 7 ans, stimule le lobe préfrontal du cerveau, c’est-à-dire le lobe qui est sollicité au moment de l’apprentissage de la langue maternelle. Cela permet au cerveau de créer des sons phonémiques authentiques et d’établir un réseau syntaxique distinct pour chaque langue, simultanément. Entre 8 et 10 ans, la capacité de l’enfant d’apprendre à parler couramment une nouvelle langue commence à diminuer et la situation continue de se détériorer progressivement de sorte que, à 17 ans, cette capacité passe à 15 p. 100. De plus, ces études démontrent que ce n’est pas tant le nombre d’années pendant lesquelles on utilise une langue qui détermine le degré de maîtrise de celle-ci mais plutôt l’âge où on commence son apprentissage ».

 

De plus, les expérimentations effectuées en 2004-2005 dans plusieurs écoles primaires québécoises démontrent les faits suivants (page un du programme) : « L’expérimentation s’avère concluante. On ne relève aucun signe d’interférence avec l’apprentissage de la lecture et de l’écriture du français chez les élèves. L’expérimentation permet de confirmer que le programme est bien adapté à l’âge des élèves. Elle permet aussi d’établir que, à raison d’une heure et demie à deux heures par semaine d’enseignement de l’anglais, les élèves peuvent enregistrer des gains importants sur le plan de la compréhension et commencer à s’exprimer en anglais de façon simple. »

 (David A. SOUSA, Un cerveau pour apprendre, chapitre 5, « La spécialisation du cerveau et l’apprentissage», section intitulée « Apprendre une langue seconde », sous « La spécialisation du langage parlé», Chenelière Éducation, 2002, p. 198-200.).  Tel que précisé dans le programme de formation du MELS.[v]

 

Toutefois, comme aucune norme n’est précisée en termes de temps d’enseignement prescrit actuellement, les écoles naviguent de manière très variable les unes des autres.  Par conséquent, cet état de fait  donne aux élèves un accès inégal à l’apprentissage de l’anglais.  Ceci constitue à mon avis le nœud de la question auquel il faut s’attarder.  Il est capital d’engager le dialogue entre les élus et les fonctionnaires de l’Éducation,  afin d’assurer une prise de décision cohérente entre les enjeux sociaux du Québec d’aujourd’hui et de demain et les besoins et contraintes  réels des élèves et des écoles. 

On ne peut nier les lignes suivantes tirées du Programme de formation à la page 5 : « En apprenant à communiquer en anglais, l’élève est amené à apprécier la richesse de l’apprentissage des langues et s’ouvre ainsi sur le monde. Cette ouverture fait partie des éléments ciblés dans le domaine Vivre-ensemble et citoyenneté. »

 

À défaut d’affirmer un leadership courageux et transparent dans ce dossier important, nous devrons alors expliquer à nos enfants francophones, adultes de demain, les raisons pour lesquelles nous laissons les anglophones accéder aux postes les plus prestigieux de notre société…

Catherine de la Sablonnière,

Directrice d’un établissement primaire public comptant 1 070 élèves

Mère de trois enfants francophones de 17-14 et 7 ans.



[i]Communiqué http://quebec francais.org/ mercredi 15 février 2012

[iii] MICHAUD, N. et coll. (2011) Secrets d’États?, chap.31, p.745

[iv] PARENTEAU, R., Management public, comprendre et gérer les institutions de l’État, Ste-Foy, PUQ, p. 251

Commentaires

  • « En apprenant à communiquer en anglais, l’élève est amené à apprécier la richesse de l’apprentissage des langues et s’ouvre ainsi sur le monde. »

    Je reprends et je croie en effet que le sujet mérite une attention particulière, combien de fois l’anglais nous est utile au travail, pour bien servir les citoyens québécois français, anglophones, allophones. Les langues sont une richesse et permettre au peuple de se comprendre et même oh surprise! D’éviter des conflits. Il y aurait-il eu certaine guerre si nos civilisations avaient su ce comprendre et s’entendre. C’est une richesse pour nos enfants, ils repousseront le mur de l’ignorance.

    Beaucoup plus rapidement et mieux que nous, donnions leurs les outils pour progresser dans la vie. Préparer vous citoyens québécois la langue des affaires sera probablement une langue asiatique d’ici un avenir rapproché. La connaissance des peuples est une richesse des plus inestimable.

  • J’ai la chance d’être parfaitement bilingue. Native de l’Outaouais, j’ai été très tôt exposée à la langue anglaise. Par conséquent, dès l’âge de 5 ou 6 ans, j’étais déjà à l’aise dans les deux langues. L’apprentissage de l’anglais s’est fait naturellement et solidement. Et, pourtant, mon français est de très bonne qualité et j’ai insufflé l’importance de parler et d’écrire un français de qualité à mes deux enfants (une bilingue et l’autre trilingue). Preuve qu’apprendre l’anglais ne met pas en péril la compétence et la fierté de parler le français.
    Mon bilinguisme ne m’a apporté que des avantages, tant personnels que professionnels. Je peux vivre et travailler partout dans le monde, j’ai des amis francophones et anglophones, j’ai largement accès aux médias et aux activités culturelles, et, surtout, je ne suis pas handicapée par des préjugés sans fondements.
    Je crois fermement que la décision du gouvernement de reculer sur les cours d’anglais au primaire est une erreur monumentale. Apprendre une deuxième langue ne met pas en péril la première – elle est un enrichissement et un cadeau que nous faisons aux générations à venir.

    Louise Leclerc

  • Je suis d’accord avec la protection de la langue française mais pas quand dans cette défense l’État refuse aux francophones l’opportunité de maîtriser l’anglais. Le Québec pourrait jouir d’un avantage compétitif extraordinaire si nous étions un État parfaitement bilingue. La mondialisation et l’accessibilité au monde passe par l’anglais… langue universelle, langue des affaires ! Après tout, ne faisons-nous pas partie d’un pays bilingue ?

    Je suis tout à fait contre le retrait de l’enseignement intensif de l’anglais en 6e année et du retrait de l’enseignement de l’anglais en 1ère et 2e année du primaire. Ce sont mes enfants et vos enfants qui seront pénalisés puisqu’ils se verront refuser les meilleurs postes où l’exigence d’être bilingue est essentielle dans un contexte de mondialisation des affaires. L’État doit s’assurer que nos enfants possèdent toutes les connaissances et les compétences pour affronter le futur.

    Ne soyons pas naïfs ! L’apprentissage de l’anglais ne mettra pas en péril la langue française. C’est une richesse que nous offrons à nos enfants et aux générations futures… un État ouvert au monde !

  • La peur qu'ont certains Québécois de la langue de Shakespeare m'exaspère un peu. Lorsqu'il a été annoncé par le gouvernement précédent que l'anglais serait enseigner de façon intensive en 6e année, je trouvais qu'il s'agissait d'une très bonne décision. J'aurais beaucoup apprécié avoir l'opportunité de participer à un tel programme lorsque j'étais encore au primaire. Personnellement, mes cours d'anglais ont débuté à la 4e année du primaire. Je considère que ces cours d'anglais n'ont vraiment été suffisants pour me permettre de converser aisément en anglais. L'apprentissage de l'anglais dès la 1ere année et l'immersion en 6e année auraient certainement permis de développer de meilleures habiletés.

    D'ailleurs, je viens tout juste de voir M. Philippe Couillard à l'émission Tout le monde en parle, qui mentionnait l'importance de l'anglais, particulièrement dans le monde de mondialisation dans lequel nous vivons. Il ne faut pas voir l'anglais comme une menace, mais plutôt comme une richesse, une corde à son arc.

  • Bien qu'elle lève l'obligation faite aux écoles d'implanter le programme, la ministre Malavoy ne l'interdit pas. On laissera les conseils d'établissement décider selon les besoins des milieux. N'est-ce pas là une façon étrange de gérer un dossier aussi important ? Tout dépendant des régions, les enfants n'auront donc pas accès aux mêmes conditions d'enseignement de l'anglais que d'autres. Pourquoi faire en sorte que certains enfant auront moins de chance que d'autres d'accéder aux emplois les mieux rémunérés ? On sait déjà que le fait de parler deux langues et même trois deviendra presqu'incontournable avec les effets de la mondialisation sur le marché du travail. Parler deux, trois, quatre ou même cinq langues est une richesse. Permettre aux jeunes d'ouvrir leurs yeux sur le monde et apprendre d'autres cultures et d'autres langues n'est pas menaçant pour le Québec. Espérons qu'il ne s'agisse que d'une question de temps pour que l'ensemble des écoles offrent le même niveau d'enseignement en l'anglais. Peut-être que le gouvernement Marois veut juste laisser aux écoles et commissions scolaires le temps de s'organiser, car les délais qu'imposaient le gouvernement libéral étaient trop serrés.

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