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Commission spéciale sur la question de mourir dans la dignité

Commission spéciale sur la question de mourir dans la dignité

Commentaires soumis dans le cadre de la Consultation générale et auditions publiques sur la question de mourir dans la dignité.

 

La commission propose un document informatif préparé à l’intention de la population et invite par la même les citoyens à se prononcer sur le sujet en remplissant soit un sondage ‘Questionnaire – Consultation générale Mourir dans la dignité’ ou de transmettre des commentaires via un formulaire format papier ou électronique à cet effet.  Les questions posées, notamment dans le questionnaire mentionné, semblent poser la problématique sous un angle légal ou technique, à savoir si l’on est d’accord avec des extraits du Code criminel du Canada ou avec certaines déclarations sur les conditions dans lesquelles l’on serait d’accord ou non d’autoriser, par exemple, l’euthanasie.  En ce faisant, la Commission, du moins dans sa consultation publique, semble éviter la question de fond qui, elle, a trait à l’éthique et la moralité de la question même.  Or dans un contrat social qui lie les législateurs à sa population et qui est basé sur les valeurs communes de la société, à leur tous basées, entre autres, sur une éthique et moralité commune, il ne faudrait pas passer au-delà de ces dernières.

Il incombe de réfléchir sur la motivation réelle du questionnement et sur la raison de son caractère saillant en fin de 20e siècle et en début de 21e siècle. Cette période ne correspond-elle pas à une individualisation croissante de la population qui, d’autant plus, exprime ses désirs et besoins dans un cadre postmoderne et égocentrique?  La Commission trahit ce biais inhérent à notre ère, dans la section ‘Soins en fin de vie’ de la page 14 du document de la Commission, en cadrant la question sur le fond d’un besoin grandissant de soins palliatifs dans un contexte d’accroissement de l’espérance de vie, de vieillissement de la population et de disponibilités limitées de ressources (humaines, physiques ou budgétaires).  En effet, la légalisation de l’euthanasie ou du suicide assisté semble une solution utilitariste à une problématique sociale.  Plus nombreuses seront les personnes optant pour l’euthanasie ou le suicide assisté, moins nombreux seront les besoins en termes de soins palliatifs et moins grands les besoins en termes d’investissement de la part des gouvernements.

Le déclin, la maladie, la souffrance et la mort font partie de la condition humaine.  En témoigner à travers sa propre expérience ou celle d’un proche fait partie de l’expérience humaine et de notre réalité humaine collective.  Le vivre est inévitable et tenter de s’en priver ne fait qu’exprimer un désir vaniteux personnel de s’extirper d’une réalité qui nous est imposée, à nous-mêmes ou à nos proches.  Sans sombrer dans un certain déterminisme ou discours sur le caractère sacrosaint de la vie au sens spirituel du terme, je pense qu’il soit nécessaire de garder en tête le changement de valeurs sociétales actuelles d’une société égocentrique, habituée à l’assouvissement presqu’immédiat de ses besoins tout en niant la dure réalité de notre condition humaine : l’hideur de la maladie et l’horreur de la mort.  Si les soins palliatifs réussissent à soulager la souffrance, par exemple, désirer la mort parce qu’on ne ‘veut plus’ semble relever du caprice. 

D’un autre côté, cependant, la société ne peut pas continuer à unilatéralement imposer les valeurs judéo-chrétiennes sur lesquelles sont basées nombreuses conceptions éthiques et morales desquelles découlent les lois que la Commission nous porte à revoir.  Que la décision relève d’une considération utilitariste, d’un caprice ou d’une décision mûrie quand à son rapport individuel ou collectif face à la vie ou la mort, ne devrait-on pas permettre à une personne de planifier sa mort dans l’éventualité où celle-ci soit atteinte d’une maladie qui rendrait sa vie insupportable, voire insignifiante?  Il est certainement moralisateur et outrancier de dire à une personne quadraplégique d’assumer sa condition humaine et d’éviter des considérations capricieuses visant à soulager sa souffrance. 

Le questionnement que propose la Commission devrait à mon sens porter, a priori, sur les aspects éthiques et moraux de la problématique.  Avant de se poser la question à savoir si l’on veuille légaliser l’euthanasie ou l’aide à la mort, il faudrait d’abord se poser la question à savoir si on doive le faire.  Il ne va pas de soi que vouloir légaliser l’euthanasie et le suicide assisté soit nécessairement la même chose que le devoir ou le falloir faire.  De même, avant de se prononcer sur les façons avec lesquelles on devra baliser tout recours à l’euthanasie, le suicide assisté ou tout autre traitement palliatif engendrant la mort, il faudrait se poser la question à savoir si notre cadre éthique ou moral nous permette de le faire.

D’autre part, il faudra se pencher sur la question à savoir si on peut vraiment parler d’un choix éclairé et libre lorsqu’on souffre sans cesse et que la souffrance dépasse les capacités physiques de la supporter?  Un choix éclairé et libre sous-entend un choix effectué en absence de contrainte ayant mené à un tel choix.  Le concept est similaire à l’impératif légal d’obtenir une déclaration libre de toute contrainte lors d’une déposition légale.  Or, le fait de souffrir à un point tel que l’on considère la mort est l’équivalent d’être contraint ou poussé à le faire.  Similairement, les proches d’un membre de la famille qui est dans une telle situation sont tout aussi affectés par cette souffrance et leur appréhension face à l’impact de ladite souffrance ou maladie sur leur vie.  Encore une fois, on peut être contraint à considérer la mort dans une telle situation afin de soulager et de se soulager de la souffrance de l’autre (sans parler du caractère égoïste que peut revêtir cette sympathie).

À la lumière des commentaires ci-haut, qui ne représentent qu’une opinion personnelle sur quelques aspects de la question, il serait souhaitable de non-seulement amender les textes législatifs courants mais de proposer un cadre législatif balisant tout recours à l’euthanasie ou au suicide assisté.  En tant que société nous nous devons de répondre au besoin de personnes faisant face à des souffrances imposées par une maladie qui rend leur vie insupportable ou insignifiante et qui souhaitant y mettre fin.  Seul un tel contexte législatif assurera le respect du cadre éthique et moral de la société québécoise tout en évitant les excès capricieux ou dérapage utilitaristes qui pourraient découler d’une légalisation trop hâtive de l’euthanasie et du suicide assisté.

 Kyriakos Pnevmonidis

Commentaires

  • Kyrakos ,
    Je suis toute a fait d'accord avec vous! Je me demande parfois à cause des contraintes budgétaires imposées par le gouvernement ( manque de financement dans le secteur du santé) , les acteurs politiques vont faire recours aux débats tel que la légalisation de l'euthanasie pour tout simplement se débarasser d'une partie de la population souffrante ? le gouvernement n'offre pas nécessairement les meilleurs services à cette type de population ! peut être une augementation des soins palliatifs peut les aider à survivre ?
    Aussi , je trouve que la légalisation de l'euthanasie va contre les principes morale de la société.

    Sara Homayounfar

  • Pardon pour l'erreur dans ton nom ! Je viens de le remarquer!

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