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  • Les outils formalisés de gestion dans l'évaluation de la performance, un mal nécessaire ?

    Blogue #2 annie chartier (hiver 2010 : Brossard)

    Au cours des dernières décennies, de nombreux changements au sein de l'environnement des services publics ont pu être constatés.  En effet, l'appareil de la fonction publique québécoise est influencé par de nombreux facteurs économiques, sociaux et politiques.  Nous avons pu assister, entre autres, à l'introduction massive d'outils formalisés de gestion dans le secteur de la santé et des services sociaux.  Ceux-ci ayant pour but de permettre d'évaluer la performance des services publics et de les rendre imputables de leurs résultats.  Par exemple, les organisations publiques sont dorénavant obligées d'établir des ententes de gestion et d'utiliser des indicateurs de performance.  Dans la présente note, je tenterai de vous démontrer en quoi ce tournant au sein de nos organisations me semble préoccupant.  De plus, j'amènerai certaines conditions, qui je pense, pourraient être favorables à l'atteinte des objectifs poursuivis par cette instrumentation de gestion.  Pour ce faire, je m'attarderai plus précisément aux indicateurs de performance.

    Selon Saba et al., nombreuses sont les études qui ont tenté de cerner les critères de performance d'une organisation.  On s'entend généralement sur le caractère multidimensionnel du concept de performance organisationnelle ainsi que sur l'existence de critères d'évaluation externes et internes.  Par exemple, un critère externe pourrait être représenté par un comportement attestant de la conscience sociale de l'entreprise : protection de l'environnement, contribution à la collectivité, participation à des campagnes de sensibilisation, etc...  Un critère interne pourrait faire référence à la satisfaction des clients ou encore à la capacité d'innovation par exemple.  Mentionnons que la notion de performance peut à la fois être rattachée au niveau économique, de l'efficience, de la qualité, des résultats et des conséquences sur le plan social.  (Freeman, 2006)  Bref, la performance doit être vue au sens large.

    Je pense que c'est important de miser sur une meilleure qualité de services et de soins auprès de la clientèle.  De plus, je crois en l'importance d'une bonne gestion de nos organisations publiques.  Je me rallie au point de vue de Denis Proulx (2008) qui dit que le contrôle est essentiel à la gestion; il consiste à trouver des façons de savoir ce qui se passe au sein d'une organisation.  Il porte sur ce qui a été fait et permet d'apporter les ajustements nécessaires.  Il faut pouvoir déterminer si les résultats sont atteints, si les ressources sont utilisées adéquatement et si l'organisation produit ce pour quoi elle a été conçue.  Pour y parvenir, il faut aussi savoir si les employés travaillent bien, si les budgets sont respectés et s'ils sont appropriés et si les résultats obtenus correspondent aux besoins de l'usager.  Mentionnons que le contrôle fait référence à deux notions clés : la responsabilité et l'imputabilité.  Cette dernière s'inscrit dans le contexte de l'augmentation de la complexité des organisations et de la volonté de responsabiliser les individus sur des points précis et déterminés.  (Proulx 2008 : 157)

    Les outils formalisés de gestion permettent d'établir un certain contrôle sur ce qui se passe dans une organisation.  Je pense que cette forme de contrôle est nécessaire et permet d'éviter les situations d'abus tout en améliorant la qualité des services aux usagers.   Bien que tout ceci soit très légitime, le grand nombre d'indicateurs de performance et la bureaucratie que tout cela engendre me fait douter de l'efficacité de la démarche.  Il y a en effet, à mon avis, beaucoup de perte de temps et d'énergie de déployées pour répondre aux exigences bureaucratiques de ces outils formalisés de gestion.  Le temps qui est mis pour répondre à ces exigences n'est pas utilisé sur le plan clinique et en service direct aux usagers.  Je suis travailleuse sociale scolaire et les intrants que je dois faire durant ma semaine de travail peuvent me prendre environ une heure (avec le déplacement vers le clsc).  Cette heure-là n'est pas passée auprès d'un étudiant que j'aurais pu aider et pour moi c'est regrettable.  Dans un contexte de pénurie de ressources professionnelles auprès des élèves, il faudrait plutôt optimiser notre présence dans les écoles.

    De plus, les outils formalisés de gestion peuvent engendrer certains effets pervers.  Par exemple, on met des efforts simplement là où on est mesuré.  Il peut y avoir poursuite d'objectifs locaux (cibles précises) en négligeant les objectifs de l'ensemble de l'organisation.  Par exemple, pendant la vaccination AH1N1 cette automne, une présence psychosociale était requise sur les centre de vaccination de masse.  Notre rôle était, entre autres, de faire le tri des gens à la porte d'entrée et de donner les coupons.  Pourquoi un t.s. là plutôt qu'une infirmière ? Bonne question, je me la suis posée à tous les jours où j'ai dû aller "revirer" des gens...je me sentais un peu n'importe qui (en ayant pas vraiment de base en santé)pour faire cette job là.  Bref, ca c'est une autre affaire. 

    Ce que je voulais dire, c'est que mon CSSS a fait le choix de retirer tous ses intervenants scolaires des écoles et de les affecter à temps plein au centre de vaccination de masse parce que notre équipe n'est pas (encore?) liée directement à une entente de gestion (ou à des cibles à atteindre) comme peut l'être l'équipe jeune en difficultés ou encore l'équipe santé mentale jeunesse.  On a fait le choix de préserver ces services afin de répondre aux cibles et de recevoir les budgets (faut pas se le cacher, c'est ca qui contrôle tout!!)  au lieu de délester un peu chacune des équipes et d'offrir un minimum de services temporairement.  Cela a été très malheureux comme décision puisque un jeune qui a besoin de services à l'école est aussi important ou prioritaire qu'un jeune qui a besoin de services en familial au clsc.  Pourtant ce dernier y avait accès. Dans nos écoles, on a quand même des suivis avec des jeunes à risque (idées suicidaires, situations de violence, etc...) et on nous a demandé de tout laisser tomber du jour au lendemain.  Je trouve que c'est une décision lourde de conséquence. 

    Autre effet pervers, on peut assister à de la manipulation de données afin de mieux paraître ou encore de recevoir des budgets.  L'organisation peut devenir paralysée, liée à une évaluation de la performance rigide.  Par conséquent, Freeman (2002) mentionne qu'il faut être vigileant par rapport aux effets pervers des indicateurs de performance.  Il y aurait beaucoup de précautions à prendre pour bien utiliser ces outils de gestion et éviter les inférences très simplistes.  Je crois que les intentions sont bonnes, mais qu'en cours de route, on a perdu de vue l'objectif.  En effet, il me semble que la bureaucratie ne diminue pas mais augmente avec toutes les nouvelles mesures mises en place; ententes de gestion que les organisations publiques doivent créer et respecter, intrants, cibles à atteindre dans le plan d'action local, démarche pour obtention de l'agrément, etc... Dans ce contexte, il y a peu de place pour la flexibilité.

    J'observe parfois des pratiques que je trouve aberrantes et décevantes, au sein du CSSS pour lequel je travaille, afin de répondre à certaines exigences de l'agence.  Par exemple, l'an dernier, afin de recevoir un budget supplémentaire au sein de l'équipe santé mentale jeunesse et d'atteindre la cible fixée, on a demandé aux psychologues de l'équipe de cesser les suivis et de ne faire que de l'évaluation de dossiers.  Afin de rencontrer le plus de jeunes possibles et d'atteindre la cible, ils ont évalué des dossiers à la chaîne et lorsqu'ils avaient une meilleur idée de la problématique à travailler, les jeunes étaient remis sur une liste d'attente.  Cela a duré jusqu'à la fin de l'année fiscale, soit presque 4 mois.  Pour moi, c'était aberrant qu'on utilise les usagers afin de "coter" plus et d'avoir plus de budget.  Je ne trouve pas que c'est rendre service à un jeune de le voir et de le remettre tout de suite en attente après.  De plus, sur le plan clinique cela n'a pas une très grande valeur et est peut-être même contre-indiqué. 

    Pour moi, cela a un effet pervers puisque l'on utilise toute sorte de pratiques pour répondre aux exigences de l'agence.  Il me semble qu'il n'y a pas de flexibilité et qu'on ne s'adapte pas au terrain.  En effet, il se peut fort bien qu'une année on voit moins de jeunes, mais on peut être encore plus performants dans nos dossiers et aller plus loin dans l'intervention.  Peut-être que cette année-là, les dossiers étaients plus lourds et demandaient plus de rencontres ?  Je ne pense pas que voir plus de jeunes équivaut à plus de qualité.  À mon avis, la qualité des soins devrait être un indicateur important de la performance d'une organisation publique.  Ne faire que des évaluations ne permettait pas, selon moi, d'effectuer des interventions de qualité.

    Je pense que pour que les outils formalisés de gestion soient aidants, il faut qu'ils s'adaptent plus au terrain et que la flexibilité soit plus possible.  Je comprend le besoin d'uniformiser, de règlementer afin de s'assurer que les fonds publics soient bien utilisés.  Toutefois, nous travaillons avec des humains et il faut tenir compte de notre réalité.  On ne peut utiliser des critères quantitatifs pour évaluer des interventions de l'ordre du qualitatif.  En tant que clinicienne, j'évalue la qualité de mes services au fait de faire de bonnes interventions et de me centrer sur le besoin du client qui est en avant de moi. Je ne m'évalue pas à l'aide du nombre de jeunes que je rencontre.  Pour moi cela ne fait pas de sens, c'est simpliste et ça sonne faux.  Il faut dépasser les chiffres et permettre les nuances.  Par conséquent, je pense qu'il faut que les indicateurs de gestion soient plus flexibles, adaptés au qualitatif et tiennent compte des différentes réalités.  De plus, il faut impliquer la base dans le choix des indicateurs de performance pour que cela fasse du sens pour eux.  Il serait important aussi d'avoir comme objectif de revoir régulièrement les indicateurs de performance et de les modifier ou encore d'en retirer si on se rend compte qu'ils ne sont plus pertinents.

    Je suis d'accord avec Dubois (2003) qui mentionne que les organisations publiques devraient avoir un cadre d'imputabilité qui prenne davantage en compte les divers aspects de l'offre de services.  Le constat établi serait celui de l'insuffisance des outils de gestion actuels qui mettent l'accent sur le volume d'activités, la conformité des processus de gestion financière, l'équilibre budgétaire, mais qui ne permettent pas de rendre compte de la qualité des services rendus ni de l'efficacité des politiques et des programmes et des résultats en terme d'amélioration de santé.

    "L'enjeu exprimé à cet égard est celui d'un système de responsabilité plus clair où les objectifs sont bien définis, sont réalistes par rapport aux moyens définis et où les performances sont évaluées en fonction d'un ensemble équilibré d'indicateurs pouvant prendre en compte les divers aspects de l'offre de services."  (Dubois 2003 : 57)

    En effet, il faut penser les indicateurs en fonction d'objectifs clairs et cibler plusieurs dimensions de la performance.  Il est primordial d'accorder une place de choix au qualitatif.  Par ailleurs, il peut être intéressant de prévoir des indicateurs pour interpréter les résultats (facteurs de risque) et éviter les inférences simplistes.  Il faut cibler les indicateurs associés à de fortes évidences scientifiques (notamment cliniques) et faire des efforts pour assurer la fiabilité des données.  Finalement, il m'apparaît important de respecter la rigueur méthodologique requise par le développement et choisir des indicateurs parmi ceux qui ont été validés.  (Brown et al.  2005)  Peut-être que dans ces conditions, les indicateurs de performance nous permettraient d'améliorer réellement la performance de nos organisations publiques ?

    BIBLIOGRAPHIE

    Dubois, C.A. (2003) 

    Renouveau managérial dans le contexte des services de santé : mirage ou réalité ?   Sciences sociales et  santé.  France. Vol.21 #4 p.41-71.  125 pages.  ISSN 0294-0337

    Freeman, T.  (2002)

    Using performance indicators to improve health care quality in the public sector : a review of the literature.  Health services management research.  Grande-Bretagne.  Vol. 15 #2 p.126-135. 70 pages.  ISSN 0951-4848

    Saba et al. (2008)

    La gestion des ressources humaines.  Tendances, enjeux et pratiques actuelles.  4e édition.  Éditions du renouveau pédagogique in.  Ville Saint-Laurent.  Qc.  654 pages.

  • Haïti, un pays fait de contradictions!

    Port-au-Prince%20haiti.jpgHaïti, un pays fait de contradictions!

     

    Depuis la tendre enfance, j’entends parler du plus beau pays au monde, Haïti. Au dire de mon entourage, Haïti est le rêve incarné de la « dolce vitae » de part la beauté de son paysage féerique antillais et du beau temps perpétuel. Il n’existe pas de diasporas haïtiennes qui ne rêvent pas du jour de son fameux retour en sa terre natale. Le sort en décidera autrement alors que le pays est en fait en piètre état et ce, depuis les quarante dernières années. Sous ce beau soleil d’Haïti se cache un dessein remplie de rêves déchus. Le gouvernement haïtien éprouve toujours du mal à s’organiser et assumer sa mission de sécurité dans le pays.

     

    Les derniers jours suivant ce tremblement de terre historique, écroulant littéralement Port-au-Prince, ont su remettre en perspective la dure réalité d’un peuple décimé par les années. Comment s’expliquer les événements derniers amenant sinistres naturels par-dessus sinistres naturels? Nous étions tous consterné d’un tel acharnement du sort. Comment un peuple si dépourvu devant sa malchance peut-il être encore éprouvé de la sorte? J’ai dû mal à me l’expliquer. Une sainte écriture dit : "À celui qui en a déjà je lui en donnerai davantage et à celui qui en a déjà peu je lui enlèverai le peu qu’il lui reste". Est-ce vraiment la volonté d’un Dieu vengeur? Le peuple haïtien a-t-il réellement atteint la malédiction ou est-ce peut-être un signe de renaissance qui pointe à l’horizon de la perle des Antilles, l’Hispaniola? On s’interroge toujours sur la question.

     

    À force d’y penser, ma réflexion m’amène toujours à la même constatation. Peu importe l’analyse qu’on en fait, Haïti ne serait pas dans cet état si elle détenait de riches ressources. Certaines terres africaines s’en tirent beaucoup mieux en raison de leurs ressources naturelles tel que le pétrole, l’or, l’uranium, le diamant. En région rurale, il reste encore des terres agricoles mais, elles exploitent toujours à peu près les mêmes denrées depuis le début du siècle. On parle ici de la canne à sucre, le maïs et d’autres spécificités locales. En somme, rien de très spécialisé pour la région qui pourrait être exportable à très grande échelle. Plus les années passent, plus l’écart technologique entre les pays dits avancés et les pays en voie de développement se creusent tandis que les derniers progrès technologiques sont de plus en plus rapides. Autrement dit, les industries haïtiennes affichent un retard encore plus prononcés par rapport à celles des autres pays développés et cela, comparativement à il y a trente ou quarante ans. On peut en conclure que si rien ne change cette situation pourrait empirer en quelques années au point tel que le retard à combler serait pratiquement irrémédiable dans le temps. Une fois ce fait établi, il deviendrait presqu’impossible que la nation haïtien devienne compétitive de sitôt.

     

    Tout ce que j’ai relevé jusqu’à maintenant ne désavoue en rien ce que le peuple s’est infligé à lui-même. Il m’horrifie de constater comment les haïtiens se traitent mutuellement. Encore dernièrement, on voyait les images des châteaux, paquebots, voitures de luxe des richissimes du pays. Dans les faits, le principe de répartition de richesses n’existe presque pas en Haïti. Je dis bien dans les faits parce qu’il fait partie des déclarations constitutionnelles du pays. Les gens vous diront que les riches d’Haïti ne paient pas vraiment d’impôts à l’État. Pour ainsi dire, les fonds internationaux servent souvent à payer très cher les services des employés de l’État qui dénote des députés, des Ministres, des sénateurs, etc. Au dire des haïtiens, les fonds d’aide internationaux se retrouvent souvent détournés à enrichir d’une façon ou une autre la classe dirigeante du pays. On se rend bien compte que ce n’est qu’une infime partie des fonds qui finie réellement par joindre les gens dans le besoin. Un rapport de la mission des Nations Unis de Mars 2009 illustre bien les difficultés de l’État de droit en Haïti. Le manque criant en moyens financiers du gouvernement limite sa capacité de se doter des effectifs nécessaires pour faire respecter les lois et règlements. Entre autre, malgré les efforts des pays contributeurs, le ratio de policier et d’habitant demeure insuffisant pour lutter efficacement contre le crime organisé. Dans le rapport de l’ONU, on souligne le problème du respect des droits de l’homme par les forces policières haïtiennes ce qui accentue la difficulté quant au recrutement et le climat de méfiance au sein de la population locale. 

     

    Devant de cette situation, nous sommes contraints d’admettre avec regret qu’Haïti n’a pas les moyens de se doter d’une administration publique capable de lutter contre toute la corruption du pays. En 2004, lors de la dernière catastrophe des inondations en Haïti, les dires sont à l’effet paraîtrait que les fonds d’aide ont été détournés par des membres de la classe politique. C’est plus des 192 millions de dollars envoyés qui se sont volatilisés sans explications. De plus, on raconte que des camions lourds envoyés pour aider à la reconstruction suite aux importantes inondations en 2004 ont été revendus aux autorités de la République Dominicaine. Certaines de ces informations restent pourtant à confirmer. Faute d’instance réelle de régulation indépendante du gouvernement, il est très difficile, voire quasi impossible de faire la lumière complète sur ces allégations. Comme un ingénieur haïtien nouvellement émigré au Québec me disait, lors de travaux important en infrastructure les compagnies achètent le contrat en pot de vin aux mains des députés et ministres pour ensuite leur reverser une partie des retombées du contrat. La corruption ne s’arrête pas là! Une fois les argents dépensés à payer les hommes politiques, la compagnie n’a plus les moyens ou l’intérêt à mener à bout le projet. Enfin, il arrive souvent que les grands travaux routiers par exemple ne se concrétisent pas vraiment, c'est-à-dire la route n’est jamais terminée sous toute sa longueur. Après tout, pourquoi alors que tous roulent sous l’argent reçu.  D’un côté, le gouvernement haïtien fait des demandes d’aide à l’étranger pour financer ses besoins en construction d’infrastructure et de l’autre, les argents ne servent jamais à réaliser les projets importants qui pourraient aider au développement économique du pays. 

     

    À voir la misère du peuple, on est contraint d’accepter la réalité du contrat social d’un pays tel qu’Haïti. En effet, l’horizon des possibilités pour quelqu’un là-bas demeure limité aux yeux des occidentaux. Avec près de quatre-vingt pour cent de chômage, les gens n’ont presqu’aucune chance d’améliorer leur moyens de subsistances. À la question, pourquoi tant de gens s’entassent dans la capitale de Port-au-Prince? Il est décevant d’y répondre qu’il ne reste aucune terre sans propriétaire en milieu rurale. La plupart des terres agricoles sont déjà exploitées. Les personnes démunies n’ont rien à espérer à aller vivre en région. D’un autre côté, le gouvernement haïtien ne démontre aucune vision ou leadership quant à la commercialisation de ses terres encore non exploitées en milieu rural. En vivant dans les bidons villes, les habitants ont du moins l’espérance de tirer partie de l’activité économique de la capitale. La pauvreté chronique crée un milieu propice à la prolifération de bandes criminalisées principalement formées de jeunes hommes âgés de quinze ans et plus. Leurs principales activités se concentrent autour du trafic de drogue de l’Amérique latine vers les États-Unis. Cette criminalité est en pleine croissance dans le pays et elle vient avec la circulation d’armes illégales. À l’aide des contingents de l’armée américaine et canadienne, la police nationale haïtienne surveille les voies d’eau par bateau, les airs par hélicoptères et terrestres aux frontières pour lutter contre le fléau. La communauté internationale vient en aide aux forces de l’ordre du pays depuis plus de dix ans pour lutter contre la criminalité en Haïti. Leur mandat touche à sa fin mais, ils constatent que la police nationale n’a ni le personnel et ni l’équipement nécessaire pour lutter efficacement contre les bandes criminalisées de plus en plus organisées. 

     

     Les gens ont oublié la période d’occupation américaine de l’île de 1914 à 1935 alors que le pays était encore prospère. Tout le monde sait aujourd’hui comment les États-Unis ont joué un rôle déterminant dans la nomination de dictateurs dans les pays pauvres durant les années soixante-dix au sein des caraïbes et de l’Amérique latine.  En effet, il est rapporté que les américains privilégiaient ces régimes de force dans les pays en voie de développement dans le but de profiter au maximum de leurs ressources tout en maintenant le peuple tranquille. On dit aussi que les intérêts étrangers ont su tirer les principales ressources d’Haïti. Autre avantage du totalitarisme, il prévenait la montée de la démocratie dans ces pays. Imaginez, un pays comme celui-là démocrate au début de l’ère post coloniale! Il ne fallait pas qu’un tel pays donne trop d’idées à d’autres colonies voisines encore sous emprise britannique, française ou autres…

     

    L’héritage des années soixante creuse toujours le fossé entre la démocratie possible et le régime totalitariste de Duvalier. Pour ajouter au comble du ridicule, Duvalier a donné des nouvelles et il a promis d’envoyer des fonds pour aider le peuple haïtien. De quels fonds, fait-il mention? Les millions qu’il a détournés de tous ces malheureux ou des fonds qu’il a dépensé lui et ses acolytes de manière digne des rois du pétrole en Orient. À la liste, il faudrait compter son mariage royal de 5 millions de dollars au début des années quatre-vingt. L’héritage de la dictature ne s’arrête pas à la répression, les arrestations des opposants à Duvalier et la corruption des hommes d’État. Elle s’étend jusqu’au cœur de l’haïtien. Malgré les décennies passées depuis le régime duvaliériste, le peuple haïtien éprouve toujours de la difficulté à s’organiser dans une nouvelle voie dite plus démocratique. Aujourd’hui encore, la répression continue à faire des ravages dans le pays. Je parle ici non pas des révoltes populaires toujours nombreuses mais plutôt, du climat de terreur et de violence entre les habitants. À toutes les semaines, on compte plusieurs enlèvements de personnes en échange d’une rançon. Selon le rapport sur le Conseil de sécurité des Nations Unis daté de mars 2009, on constate qu’il existe une situation inquiétante de violence communautaire. On y cite des actes de violence à l’égard des femmes, des viols, la prolifération des armes au profit de bandes organisées, des meurtres, des actes de violence policière, etc. Cette situation a fait fuir les vacanciers haïtiens venus de partout. Le mal ne s’arrête pas là alors qu’Haïti ne peut ainsi profiter d’une économie touristique florissante. Un pays si ensoleillé et entouré de plage pourrait bien attirer années après années comme son voisin la République dominicaine. Quels sont les vrais raisons: le poids de la guerre, l’esclave affranchi, la dictature, l’ère post colonial, le sentiment d’impuissance du peuple ou encore cette fausse réalité d’État de droit? Comme enfant d’haïtien ayant vécu au Canada, le rêve de la nation qui se relève demeure présent à mon esprit et en mon cœur. Puisses cette dernière catastrophe nous démontrer le goût de vivre de cette nation joyaux des Antilles et non, la stigmatisation d’un peuple qui a tant  à offrir.

     

    Références:

    TRUDEL, Rémy (2010). Principes et enjeux de l’administration publique : Simplement en toute complexité, notes de cours, ENAP.

    Mercier, Jean (2002), « L'administration publique: de l'École classique au nouveau management public », Ste-Foy. PUL, 518 pages ISBN 2763778313

    Rapports de la mission des nations unies pour la stabilisation en Haïti : Lecture des rapports mensuels et annuels sur l’évolution des droits de l’homme et bien d’autres,

    http://minustah.org/,

    http://minustah.org/?page_id=8543

    http://minustah.org/pdfs/sdh/HRS_Annual%20_Report_2008.pdf

     

     

     

  • Ce n'est pas parce que ça ne coûte rien que cela est gratuit!

     Blogue 1 Éric Tétreault ENP-7505 (Montréal 2010)

     

     

    L’accessibilité, l’équité et l’universalité sont des valeurs primordiales pour notre société où, pour la majorité des Québécois, les besoins collectifs priment sur les besoins individuels. En considérant la crise économique, l’augmentation du nombre de programmes sociaux, la diminution des cotisants et l’augmentation du nombre d’utilisateurs,  il devient de plus en plus difficile pour l’État de maintenir la même qualité des services pour toute la population tout en conservant l’universalité d’accès.

     

    Ces dernières années, nous avons vu différents gouvernements se succéder et créer de nouveaux programmes ou en bonifier certains (quelquefois au détriment d’autres). Par exemple, la bonification des programmes de congés parentaux et du service de garderies alors qu’au même moment ont amputait dans les prestations d’assurance salaire. En tant que citoyens d’une société où l’État, par sa fonction publique, est le principal pourvoyeur de services et agit « en bon père » auprès des contribuables, nous nous attendons à ce que les services soient présents et de qualités lorsque nous en avons besoin. Malgré que les contribuables trouvent que cela coûte de plus en plus cher pour conserver tous ses services, ils ne sont pas prêts à s’en défaire. Cette conscience sociale d’universalité et d’accessibilité est profondément incrustée dans la société québécoise. Que se soit par rapport aux soins de santé, à l’éducation et aux différents programmes sociaux, il est primordial pour la majorité des Québécois de conserver ces valeurs si chères à leur cœur. Il semble, cependant, y avoir de plus en plus de remises en question par rapport à l’intégralité ou à la gratuité de certains programmes ou services offerts. Personnellement je crois que nous sommes rendus au point où il faut remettre en question nos structures actuelles ou nos manières de faire pour voir ce que nous pouvons apporter comme modifications afin qu’elles puissent continuer d’exister et de servir adéquatement la population.  

     

    Comme plusieurs le savent, le Ministère de l’Éducation accapare 27 % du budget global du Québec afin de fournir une éducation gratuite de la maternelle à l’université. Cependant, il lui est de plus en plus difficile de continuer d’offrir le même service en conservant le même standard dans un contexte où les charges sociales sont de plus en plus élevées. Voilà pourquoi, on voit de plus en plus des groupes tels que « les Lucides » avec Monsieur Lucien Bouchard, ancien premier ministre du Québec, à sa tête faire des sorties médiatiques, entre autres, en réclamant le déplafonnement des frais de scolarité postcollégials. Selon eux, il faudrait déplafonner ces frais de scolarité et réinvestir une partie de cet argent ainsi amassé dans les universités. Ils soutiennent que les universités québécoises sont sous-financées, qu’elles ne pourront maintenir une éducation de qualité et qu’elles ne pourront pas rester compétitives contre les autres universités nord-américaines, si la situation perdure. Il va sans dire que ce rattrapage permettrait aux universités de respirer (si la totalité des montants ainsi dégagés y était réinvestie!). Comme les « Lucides », je crois que la modulation des frais de scolarité selon la carrière poursuivis serait plus équitable pour tous…il faudrait cependant voir les modalités d’application et la manière dont tout cela se concrétiserait.  

     

    La même problématique de sous-financement est palpable dans le réseau de la santé et des services sociaux. En effet, j’œuvre dans ce domaine depuis plus de 20 ans et je continue de voir le réseau être de plus en plus en difficulté même s’il gruge déjà 43 % du budget total du Québec. Les frais de services, les frais médicaux, les frais chirurgicaux, les salaires, les infrastructures, les coûts du matériel et des équipements de plus en plus sophistiqués, les coûts astronomiques en nouvelles technologies, le vieillissement de la population, le nombre de plus en plus élevé de patients atteints de multipathologies, etc. font en sorte de creuser toujours et toujours l’écart entre les besoins de la population et les moyens nécessaires à la prestation des services. Je pense aussi que plusieurs problématiques pourraient être améliorées ou corrigées par des aménagements tels qu’un ticket modérateur pour les consultations dans les urgences et un dossier médical unique pour chaque patient (afin d’éviter les doublons par le « magasinage » de soins), etc. En effet, plusieurs patients consultent plusieurs médecins dans plusieurs hôpitaux pour le même problème et prolongent ainsi l’attente d’autres patients, il y a aussi ceux qui ne se présentent pas pour leurs chirurgies ou leurs rendez-vous, car ils ont eu le service ailleurs, etc. Ces personnes ne se rendent pas compte de l’engorgement qu’elles créent en agissant de la sorte. Tout cela coûte très cher à l’État soit en temps ou en énergie et il n’y a aucun mécanisme pour les sensibiliser ou les pénaliser. La pénurie de personnel, sa fatigue, sa pratique dans des conditions de plus en plus difficiles, le manque de relève ainsi que l’âge vieillissant des professionnels font en sorte de complexifier la prestation des soins. La sensibilisation du personnel, des médecins et des usagers aux coûts reliés à chaque prestation de soins et interventions permettraient, j’en suis sûr, de faire des économies substantielles. Voilà quelques exemples de choses qui pourraient être faites et qui pourraient aider à maintenir la qualité et la quantité des services rendus. Je ne dis pas que cela est souhaitable ni même garant de résultats concluants ni même satisfaisants. Mais il faut se questionner et faire face à la situation.

     

    Tout le monde sait que le gouvernement ou le ministre qui procèderait à ces modifications, se mettraient à dos plusieurs intervenants sociaux et groupes de pression tels que : les associations étudiantes, la Fédération des Femmes du Québec ainsi que certains syndicats, car ils iraient aux barricades alléguant que cela remet en cause l’accessibilité et la gratuité. Ce décideur devra être vigilant, conséquent et responsable des décisions prises, car il sera directement imputable des résultats et conséquences de ses décisions. Si, en plus, des ratées survenaient, il le paierait cher lors des élections suivantes!

     

    Tout cela amène les questionnements suivants : avons-nous toujours les moyens de maintenir un enseignement de qualité alors que les écoles, collèges et universités sont de plus en plus sous-financés et endettés? Avons-nous les moyens de maintenir des urgences gratuites pour chaque petit rhume ou vaporisation de windex dans les yeux? Devons-nous à tout prix maintenir la gratuité pour tout? Pourquoi ne pas charger des frais minimes pour les utilisateurs?  Pourquoi ne pas sensibiliser la population aux frais qu’elle encourrait si elle devait payer pour les consultations et autres traitements? Etc. Je persiste à croire que nous sommes rendus au point où il faut trouver de nouveaux moyens de financement ou de nouvelles méthodes de prestation et sensibiliser la population pour préserver le plus possible l’accessibilité, la qualité ainsi que la diversité des services. Il faut donc qu’en tant que société, nous soyons prêts à faire face à ces défis et être conscients des effets que cela peut entraîner pour les années et générations à venir.  

     

     

    Au fond, la vraie question est de savoir si nous sommes prêts en tant que société à continuer d’absorber les effets pervers de la gratuité ou à tout le moins les tolérer. Le pouvons-nous?