Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

  • CHUM: le juste prix! Frédérik (2) Boulé

     

    Mais quelle belle opportunité avons-nous encore manqué? Il s’agissait bel et bien d’un projet d’envergure comme nous n’en avons pas connu depuis longtemps. Un projet duquel tous les québécois peuvent être fiers, un projet d’avenir, un projet pour la communauté entière… Toutefois, le conservatisme chronique de notre société et nos mœurs puritaines que nous entretenons avec l’argent ont tiré la couverture du côté de l’économe qui sommeille en notre Conseil du trésor. Eh oui! Je parle bien de notre futur nouveau CHUM.

     

    Bien entendu, à près de deux milliards avant réalisation en PPP, après tout le roman-feuilleton de la manipulation des lois et des grandiloquentes démonstrations sur l’art de contourner ou détourner celles déjà existantes, on va en avoir pour notre argent : lumineux, spacieux, moderne, idéal pour des soins de pointe et visant l’attraction des meilleurs professionnels du monde, ce nouveau super hôpital nous donne déjà par cette promesse la sensation d’être guéris! Sans parler du nouveau centre de recherche d’un demi-milliard juste à côté… Que demander de plus?

     

    En fait, j’aurais souhaité un peu d’audace, un peu de vantardise de notre part. (Je sais… c’est pas dans nos valeurs de québécois le «think big»… on est nés pour un p’tit pain, n’est-ce pas?) C’était l’occasion de rendre jaloux le Canada en entier et même nos voisins «amaricains»! Paradoxalement, on a toujours eu l’air d’un parent pauvre dans le domaine de la santé : nos médecins et professionnels si peu rémunérés et nos vieilles églises et couvents restaurés en hôpitaux… Pourtant, selon l’OMS (2000), le système de santé canadien était quand même dans les 30 meilleurs au monde! Pour une fois qu’on avait l’occasion de faire jaser et de se donner le droit d’avoir accès à ce qui se fait de mieux, on aurait pu en ajouter un peu. Eh oui, on se décrit comme des québécois qui paient trop de taxes, mais attention, pour rien au monde on ne toucherait à notre système de santé gratuit. Et on en fait d’ailleurs une fierté, un symbole et une valeur de notre société distincte, n’est-ce pas?

     

    Bien que la vue de nuit du futur CHUM soit originale, qu’on ait intégré au design le clocher de l’église St-Sauveur, bien que tout ait été pensé en fonction de l’ergonomie et bien qu’on bâtisse un hôpital avec le plus grand sérieux qui existe, c’était le temps de réaliser une première mondiale… un quelque chose d’unique, fonctionnel et qui nous aurait permis de se faire remarquer. Vous croyez qu’avec le contexte économique mondial actuel il s’en construit énormément des nouveaux hôpitaux? C’était notre chance de faire un GRAND projet (et de faire des jaloux en plus!) Sans compter que le Québec est apparemment rempli d’artistes de tous genres qui auraient pu fournir des suggestions. Et pour reprendre un thème développé par nos chers amis de la construction dans leur présentation de l’étude de faisabilité (2009) pour le nouveau pont Champlain1, je dirais «qu’au-delà de la mission de soigner, un hôpital, c’est aussi une signature»… du moins, pour nous… ça devrait…

     

    Jusqu’à présent, nous sommes fidèles à nos habitudes : on regarde le contexte économique, le déficit de 3.8 milliard pour l’année fiscale 2011-12, on se rappelle que la santé compte déjà pour plus de 47% des dépenses annuelles du gouvernement provincial, soit environ 30 milliards, qu’on donne déjà la moitié de notre paye en impôts et on se demande pourquoi on devrait payer plus pour un nouvel hôpital. Explication simple : parce que je suis tanné que les touristes viennent à Montréal pour se faire photographier à côté d’un stade olympique abandonné, coûteux, vétuste, mal entretenu, qui rappelle toutefois le magnifique essor de Montréal à cet époque. Tout comme je ne peux plus tolérer que Montréal soit la capitale des nids de poule et des pluies de béton. Et pourquoi ne pas donner à notre ville un nouvel icône? On aura déjà un panorama inévitable sur le nouveau CUSM dans le trafic du pont Champlain avec les rénovations de l’échangeur Turcot pour les prochaines années. Alors pourquoi ne pas s’être gâté un peu au centre-ville? Vous allez me dire que les Habitations Jeanne-Mance  en plein cœur du quartier des spectacles c’est glorieux? Quand on décide d’INVESTIR (et non de dépenser) et qu’on utilise le budget d’immobilisations qui sera payé par les générations futures qui profiteront de ce nouvel hôpital, on peut se permettre d’oser un petit peu pour la pérennité (et la postérité)!

     

     

     

    Frédérick Boulé

    ENP-7505

     

     

    1-Le consortium BCDE avait utilisé la phrase «au-delà de la structure, un pont est aussi une signature». L’auteur du texte est tout à fait en accord avec cette vision mais aurait souhaité qu’on la développe pour notre «nouveau CHUM»…

     

  • La Cour suprême corrige le gouvernement Harper - Isabelle "Germain"

     

     

    En septembre dernier, la Cour suprême du Canada rendait sa décision à l’effet que le centre d’injection supervisé « Insite » pouvait continuer à se prévaloir de l’exemption à la Loi réglementant certaines drogues et autres substances du Code criminel lui permettant d’offrir ses services aux toxicomanes.  Brièvement, rappelons que ce centre de santé, créé en 2003 par le gouvernement libéral et financé par les deniers publics, donnait suite à un grave problème de surdoses et d’épidémies du VIH, du Sida et de l’hépatite C dans le Downtown Eastside de Vancouver, un quartier ravagé par la pauvreté et la toxicomanie. Ce lieu permet donc aux consommateurs de substances intoxicantes injectables de s’administrer leur drogue dans des conditions salubres et sécuritaires, sans craindre la police.

     

    Le gouvernement conservateur, désireux de faire fermer ce centre, avait décidé en 2008 de ne pas renouveler l’exemption à la loi prétextant que ce type de lieu encourage la dépendance aux drogues et va à l’encontre de son plan de répression de la criminalité. Cependant, la cause portée devant la Cour suprême par le gouvernement fédéral, était finalement rejetée. 

     

    Cette décision apparaît d’abord comme une grande victoire des droits fondamentaux. Selon la Charte canadienne des droits et libertés, tous les citoyens ont droit à la vie, à la liberté et à la sécurité. Par cette décision de la Cour Suprême, les droits garantis par notre charte ont été préservés. Plus spécifiquement, il a été reconnu que ce centre offre des services de santé essentiels. Ainsi, sa fermeture aurait contrevenu à la charte en empêchant les utilisateurs de drogues injectables d’avoir accès à des services de santé, mettant par le fait même leur vie et leur santé en danger. Il faut garder à l’esprit que l’individu qui est aux prises avec une dépendance aux drogues est avant tout une personne en détresse qui nécessite des soins. En tant qu’état constitutionnel, nous ne pouvons refuser de prendre soin de la vie de quiconque sous prétexte que l’on désapprouve leur style de vie. 

     

    Qui plus est, le gouvernement Harper, dans sa lutte contre la problématique de dépendance aux drogues, rejète le caractère essentiel du principe de la réduction des méfaits. Comme société, nous devons reconnaître que la toxicomanie constitue un problème de santé publique, et non simplement un problème relié à une décision personnelle de la personne qui fait usage de la drogue. Nous ne pouvons donc nous  limiter à l’adoption d’une approche strictement répressive en punissant les comportements inadéquats des consommateurs.  La prise en charge du fléau social que constitue la toxicomanie exige des mécanismes de réduction des préjudices des personnes qui en souffrent. En effet, considérant qu’une société exempte de drogues et de personnes qui en abusent est totalement utopique, nous avons le devoir d’adresser les effets néfastes qu’engendre cette problématique. C’est exactement dans cette veine qu’agit un centre d’injection supervisée. Par exemple, « Iniste » aurait permis de faire chuter d’un tiers la taux de mortalité par surdose, et contribuer à réduire la taux d’infection au VIH et à l’hépatite. Cette décision de la Cour suprême se présente donc comme une grande victoire dans la reconnaissance de l'approche de la réduction des méfaits, dans un contexte où le gouvernement au pouvoir prône d’abord et avant tout une approche répressive des enjeux sociaux tel que la criminalité et la toxicomanie.

    Par ailleurs, cette même décision confirme la séparation nette entre l’exécutif et le judiciaire au sein de notre état de droit. Si certains s’inquiétaient de l’indépendance de ces deux composantes, la décision rendue dans le dossier « Insite » s’avère rassurante. En refusant de renouveler l’exemption à la loi, le gouvernement Harper tentait d’empiéter sur les compétences du gouvernement provincial de la Colombie-Britannique en matière de santé, mais heureusement, il a été rappelé à l’ordre. La ministre fédérale de la santé, bien que déçue, se voit désormais contrainte d’obtempérer et de faire appliquer la décision de la Cour suprême, celle qui se charge de poser un verdict sur les grands débats juridiques et sociaux. Cette dernière aura de nouveau démontré qu’elle jouit d’un énorme pouvoir sur notre société canadienne.

     

    Cependant, au cours des prochaines années nous serons confrontés à la retraite de plusieurs juges de la Cour Suprême.  La nomination des prochains juges s’effectuera donc dans un contexte où le gouvernement Harper est majoritaire.  Il aura ainsi le plein pouvoir sur la sélection des juges les plus influents au pays. Avons nous à craindre d’une prise de pouvoir indirecte de la Cour suprême par l’idéologie conservatrice de ce parti?  Les jugements qui en découleront nous le dirons. 

    Isabelle Germain