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DOTER LE STADE OLYMPIQUE DE MONTREAL D'UN NOUVEAU TOIT


Un stade « iconique »

Stade omnisport d’une capacité de 56 000 sièges conçu par l’architecte français Roger Tallibert pour les jeux d’été de 1976, le stade olympique de Montréal est le plus grand stade du Canada et l’emblème de Montréal sur la scène internationale. Sa tour de 175 mètres est la plus haute tour inclinée du monde. Son funiculaire est également le seul de la planète à fonctionner sur une structure dont l’inclinaison varie, de la base vers le sommet, de 23° à 63,4°. Cette sculpture de béton ressemble, vue de face, à une immense colombe déployant ses ailes - cette même Colombe qu’a chanté Céline Dion lors de la visite marquante du pape Jean-Paul II, le 11 septembre 1984.   

Un talon d’Achille

A l’instar du héros de l’Antiquité Achille, le stade olympique souffre d’une fragilité structurelle : son toit. Celui prévu à l’origine par l’architecte, qui devait coûter moins de 30 millions, n’a jamais été réalisé, faute d’accord de la Régie des installations olympiques. Un premier toit en kevlar, mis en place en 1985 par la société Socodec, se déchire le 27 juin 1991. Un projet de toit fixe en acier est abandonné en 1995, occasionnant un autre gaspillage de fonds publics. En 1996, la RIO demande à la société Birdair d’installer un nouveau toit, facturé 37 millions, qui, à peine terminé le 31 décembre 1998, se déchire le 18 janvier 1999 sous le poids de la neige, durant l’installation du Salon de l’Auto.

 

Un problème de politique publique : quelle option choisir ?

Face au problème récurrent du toit, quatre options se présentent aux décideurs : démolir le stade, supprimer le toit, ne rien faire ou doter le stade d’un nouveau toit.

1.      L’option radicale de la démolition du stade

Certains Montréalais, lassés par ce qu’ils considèrent comme un gouffre financier, vont jusqu’à proposer de détruire l’actuel stade olympique. En plus de soulever l’opposition de nombreux concitoyens attachés à ce bâtiment emblématique, cette option coûterait plusieurs centaines de millions de dollars et serait un véritable cauchemar logistique. Il serait inenvisageable de détruire le bâtiment en le dynamitant, en raison de la présence du métro et de l’important nuage de poussière que cela produirait. Si la démolition n’est pas une option plausible, cela veut dire que le stade est là pour durer.

2.      Priver le stade de toit

En 2012, une analyse interne a détaillé le scénario du démantèlement de la toiture, quiramènerait le stade à l’état dans lequel il est resté pendant onze ans, de 1976 à 1987. Ne pas poser de toit est une option qui comporterait paradoxalement des coûts non négligeables à court terme (le démantèlement du toit est estimé à 6,2 millions, en sus des 13 millions que coûterait la protection de l’intérieur du stade en vue d’affronter les affres de l’hiver) et à long terme (l’absence de toit dégraderait prématurément la structure entière du stade, ce qui hâterait le moment où une « réfection majeure » de l’édifice devrait être financée).

3.      Ne rien faire

Depuis la déchirure de 1999, la toile a fait l’objet de nombreuses rénovations. En perte de résistance année après année, parsemée de microdéchirures réparées à l’aide de rustines, ce toit qui a coûté la bagatelle de 800 000 dollars en frais d’entretien en 2013 a atteint, selon les experts, la fin de sa vie utile. De plus, lorsque le niveau de neige ou de glace sur le toit dépasse les 3 cm, l’organisation d’événements à l’intérieur du stade est annulée, ce qui mine considérablement la rentabilité du stade.

4.      Poser un nouveau toit

L’installation d’une nouvelle toiture semble l’option la plus rationnelle. Celle-ci se décline en quatre possibilités : poser (1) un toit fixe rigide, (2) un toit rétractable rigide, (3) un toit fixe semi-rigide ou (4) un toit rétractable semi-rigide. A plus de 80 ans, l’architecte Roger Tallibert, toujours passionné par son stade, considère qu’un toit fixe serait « inconcevable » et privilégie un toit rétractable léger construit « avec des matériaux nouveaux et des mécaniques qui ont beaucoup évolué depuis 40 ans ». L’architecte évoque une facture de 150 millions, tandis que des sources québécoises proches du dossier estiment qu’un toit rétractable en coûterait 300. Ce qui est sûr, c’est que le fait qu’ajouter la possibilité d’un toit rétractable serait une option bien plus onéreuse mais conférerait au stade son plein potentiel.

 

L’inertie des pouvoirs publics

Le dossier du toit du stade olympique traîne depuis si longtemps que les moins de vingt ans ne le peuvent connaître. Tout le monde se renvoie la balle et personne ne prend de décision. L’appel d’offre, qui court depuis novembre 2004, visant l’octroi du contrat de remplacement du toit Birdair par une toiture rigide fixe, a été annulé en 2011 suite à la prise en considération de la proposition émise par le groupe Dessau et le constructeur EllisDon de construire un toit en métal coulissant.

Cette solution a été préconisée par le comité conseil sur l’avenir du Parc Olympique, présidé par Lise Bissonnette, dans un Mémoire sur l’avenir du Parc olympique, précisant que ladite proposition « répond parfaitement, par son autoportance, à l’insuffisance structurale reconnue du mât et des consoles du Stade à supporter, sans renforcement, une toiture […] exposée aux accumulations de neige inhérentes aux conditions climatiques de Montréal. […] De plus, le concept proposé permet d’ouvrir et de refermer le toit peu importe les conditions météorologiques ». La fonction d’ouverture constituerait « une attraction unique, de classe mondiale » et un atout majeur pour la tenue de grands spectacles. Le coût du nouveau toit avoisinerait les 300 millions et nécessiterait des travaux lourds.  

Le 13 février 2015, un article du Devoir informe que le président directeur général du parc olympique, Michel Labrecque,  remettra au gouvernement du Québec dans les prochains mois un dossier d’opportunité présentant l’ensemble des options pour le nouveau toit du stade olympique. « C’est beaucoup de travail. C’est un endroit où on a déjà mis deux toitures qui ont été dysfonctionnelles ». En attendant une solution, le toit actuel fait l’objet d’une étroite surveillance : « C’est toujours aussi compliqué à gérer qu’une navette spatiale », a commenté M. Labrecque. 

 

Investir dans un nouveau toit : les pistes de financement  

En période d’austérité, la question du financement est centrale. Faute d’un toit pleinement fonctionnel, le stade a perdu de son attrait et de sa rentabilité au fil des ans. Certes, les travaux pour doter le stade d’un nouveau toit auront un coût important mais il s’agit d’un investissement dont les montants pourront être échelonnés sur une vingtaine d’années ; construit à partir de 1974, le parc olympique n’a après tout soldé sa dette qu’en 2006.   

1. Organiser plus d’événements dans un stade couvert sécurisé et multifonctionnel

Seule arène couverte du Québec capable d’accueillir des événements de très grande envergure, le stade olympique a néanmoins vu beaucoup d’événements migrer au Palais des congrès ou au Centre Bell à cause de la menace des trois centimètres de neige. Montréal a ainsi perdu du terrain face à Toronto ou Chicago. Un nouveau toit permettrait de dégager davantage de recettes en autorisant la tenue d’expositions, de salons thématiques, d’épreuves sportives, de concerts, de tournages durant les mois d’hiver. Pour générer plus de revenus, le stade pourrait également accueillir en résidence une voire plusieurs équipes sportives (Soccer, Baseball, Hockey…) et abriter des championnats mondiaux.

2. Confier l’exploitation du stade à une société privée

C’est le cas pour le stade de France ou le stade olympique de Londres. Une concession de longue durée (50 ans) pourrait être votée en contrepartie de grands travaux de modernisation. Ainsi, l’Olympic stadium de Londres, pris en charge par Vinci, est actuellement en cure de rajeunissement afin de pouvoir accueillir tous types d’événements dès sa réouverture prévue en 2016. Notons que l’aménagement et la location des étages fantômes de la tour inclinée du stade olympique devrait également être étudiée.

            3. Faire appel aux dons

En août 2013, des philanthropes avaient annoncé leur intention d’investir dans la relance du pôle olympique, mais en raison du blocage du dossier de remplacement du toit, certains ont abandonné l’idée. Avec 67 millions de visiteurs, le stade est l’une des attractions les plus populaires du Québec. Aussi, une campagne de levée de fonds participative (crowdfunding) pourrait être envisagée pour recueillir les dons du public. On pourrait aussi décider qu’une partie des retombées touristiques des festivités du 375e soient affectées à la rénovation du parc olympique, qui est un legs important.

 

Profiter de l’élan du 375e pour résoudre (enfin) la question

La ville fait de la rénovation du parc olympique l’un des legs du 375e. Si installer un nouveau toit à temps pour l’anniversaire de la fondation de la métropole est une option qui semble irréaliste, il est toutefois gênant que la métropole ait décider de réaménager d’ici 2017 les abords du parc olympique de l’intersection du boulevard Pie-IX et de la rue Sherbrooke, avec la plantation d’arbres le long de l’Avenue Pierre de Coubertin et l’installation d’une œuvre d’art publique, le tout pour près de 19 millions de dollars, tandis que le stade qui est au cœur du parc ne sera toujours pas pleinement opérationnel… Peut-on se contenter de chirurgie esthétique lorsque le visage du parc olympique nécessite une de la chirurgie réparatrice ? La presse internationale ne devrait pas manquer en 2017 de s’emparer de cette incohérence…

Les célébrations du 365e anniversaire sont l’occasion de régler la question. Le Premier ministre, avant d’être élu, s’était engagé à doter le stade d’un nouveau toit, estimant qu’il serait rentable sur le long terme. Ne serait-il opportun de faire valoir cet engagement auprès du gouvernement ? Le stade étant une infrastructure importante justifiant des investissements publics, il convient de profiter de l’élan du 375e anniversaire pour requérir l’aide financière de Québec et d’Ottawa. D’après un article paru dans La Presse le 28 octobre 2014, « Québec a confirmé que son aide financière au 375e de Montréal pourrait atteindre 60 millions de dollars en fonction de la participation d’Ottawa […] le maire Denis Coderre dit ne pas être inquiet au sujet de la participation du gouvernement fédéral ». La présidente du conseil d’administration de la Société des fêtes du 375e, France Chrétien Desmarais, a souligné que l’apport des trois gouvernements était un « investissement dans le futur de Montréal, ce qui ira au-delà de 2017».

 En conclusion

Le PDG du parc olympique, Monsieur Michel Labrecque, va remettre prochainement au gouvernement du Québec un dossier d’opportunité présentant l’ensemble des options pour doter le Stade olympique de Montréal d’un nouveau toit. Denis Coderre doit profiter de l’occasion pour faire pression sur le gouvernement québécois afin qu’il s’engage. Les esquives verbales de type « on est pas rendu là » ne sont plus satisfaisantes. Si le maire parvient également à amener Ottawa à réinvestir enfin dans l’avenir de Montréal et ses infrastructures, alors, demain, les plus de vingt ans lui diront peut-être… merci.

 

Benjamin Boutin

 

Commentaires

  • Excellent clin d'oeil avec l'échéancier du 375e. Miser sur la cohérence du "ce que l'on veut montrer" et du "ce que l'on fait pour y arriver", permet de rappeler toute la crédibilité que peut entretenir les citoyens envers leurs décideurs.
    Merci!

  • En effet, juste la photo nous donne le goût de tout lire et...passer à l'action !

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