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  • Christine Black - Demande paradoxale

     

    Demande paradoxale?

     

     Depuis quelques temps, voir même quelques années, nous pouvons lire dans les différents médias du Québec, des commentaires plutôt négatifs relativement aux dépenses de l’État : « coût trop élevé », « gaspillage », « mauvaise gestion » sont des termes utilisés constamment pour décrire cette thématique. Quelques jours avant le dépôt du budget de M. Bachant, les médias s’en donnent à cœur joie pour influencer l’opinion publique. D’ailleurs, un article complet et bien illustré a été publié la semaine dernière dans le Journal de Montréal concernant les différentes dépenses du gouvernement. Avec un titre intitulé «  Où vont vos impôts », il me semble évident que le commun des mortels qui voit des millions dépensés pour chacun des ministères ou organisations rattachés au gouvernement, n’a pas une opinion positive de la gestion du budget.  Sur le site Internet de ce même journal, nous pouvons retrouver une section avec le même titre où différents articles sont publiés sur l’administration publique.  Or, tous ces textes sont à connotations négatives encore une fois. Comme quoi toutes les dépenses ne sont jamais justifiées et que les dépenses ne sont pas contrôlées.

     

    De plus, tous les gouvernements prônent en campagne électorale que s’ils sont élus, ils vont diminuer la taille de l’État, « rentabilisant » ainsi les dépenses reliées au fonctionnement de l’État. C’est M. Adolph Wagner qui doit se retourner dans sa tombe. Économisme allemand, né au début des années 1800, « il prédit que la part des dépenses publiques dans le produit intérieur brut augmente avec le niveau de vie [1]». Bref que « plus la société se civilise, plus l’État est dispendieux[2] ». Ces affirmations ont été nommées « La loi de Wagner ». Bien qu’elle ait été élaborée il y a plusieurs décennies, elle semble être toujours d’actualité. Malheureusement, la plupart des élus semblent ignorés cette loi ou du moins, tente de la défier en prétendant vouloir réduire l’état et par le fait même la « bureaucratie ». Jusqu’à présent, personne n’y arrive. Ce ne sont que des vœux pieux. Bien entendu, lorsque les médias « profitent » de la situation pour dénoncer haut et fort les dépenses prétendues faramineuses, l’opinion de la population devient de plus en plus négative face à l’appareil public.

     

    Dans un tout autre ordre d'idée, il ne passe pas une semaine sans qu’un scandale éclate par rapport à un manque d’effectif dans certains domaines ou bien la volonté d’un groupe d’augmenter ses conditions d’emploi. Il y a quelques mois, c’était les éducatrices dans les centres de la petite enfance (CPE) qui réclamaient de meilleures conditions de travail (incluant augmentation de salaire et augmentation de bénéfices tels que les vacances et journée de congé). Ayant un système de CPE ne coûtant que 7$ par jour/par enfant, les coûts rattachés au fonctionnement de celui-ci est déjà très élevé voir même trop élevé relativement à notre capacité de payer. Par contre, les québécois veulent que leurs enfants soient entre bonne main lorsqu’ils ne sont pas avec eux et endossaient les demandes effectuées par ce groupe.

     

    Même chose pour les personnes âgées. Le manque d'effectif dans les centres hospitaliers de longue durée (CHSLD) est important compte-tenu de la lourdeur des cas. Sans compter que le nombre de personnes souhaitant aller habiter dans des résidences explosent, effet du vieillissement de la population. Dans ce contexte, peu d'inspecteurs effectuaient les visites de ces établissements. Les médias se sont "emparés" de la situation et ont fait pression pendant plusieurs jours, voir plusieurs semaines, pour que des changements soient annoncés. Devant cette situation, et surtout les réactions du grand public, le gouvernement a dû réagir rapidement et mettre des mesures d'embauche d'inspecteur supplémentaire en route.

     

    Dans ce contexte apparaît un certain paradoxe. D'un côté, la population réclame haut et fort une baisse du coût de l'État et d'un autre côté, revendique ou appui des demandes de hausses de services.  À mon avis, un prise de conscience s'impose. Un ne peut pas aller sans l'autre.

     

    À ce moment-ci, une question se pose: " Pourquoi la fonction publique ne se défend pas?" Comme le mentionne mon collègue Julien Bousquet dans son blog intitulé " Mauvaise réputation de la fonction publique: des boucs émissaires pratiques":         "parce que c'est sa nature. Elle doit demeurer loyale et ne pas nuire à son        gouvernement. Elle doit s'extraire des débats publics car elle est, justement, apolitique."

     

    Or, si la fonction publique ne peut se défendre publiquement, il faudra le faire en privé. Personne par personne, afin d'amener le contre-balancier. Étant étudiant en administration publique, nous possédons des informations qui méritent d'être connu du grand public. Nous connaissons davantage les rouages du système. Nous avons donc, chacun d'entre nous, une partie de responsabilité pour contribuer aux changements de l'opinion publique face à la fonction publique.

     



    [1] http://fr.wikipedia.org/wiki/Adolph_Wagner

    [2] idem

     

  • Blogue #2: Yareth Thamara Ponce. La corruption, le cancer des démocraties

    Par définition, la corruption « est la perversion ou le détournement d'un processus ou d'une interaction avec une ou plusieurs personnes dans le dessein, pour le corrupteur, d'obtenir des avantages ou des prérogatives particulières, ou pour le corrompu, d'obtenir une rétribution en échange de sa bienveillance » (Wikipédia). Pour les sociétés, la corruption est la maladie sociale la plus dangereuse qui tue les principes fondamentaux des états de droits et de l’homme.

    La corruption est un phénomène existant dans tous les coins de la planète. Par contre, certains coins comme les pays les plus pauvres et les pays « en voie de développement » sont réputés être plus corrompus que les pays industrialisés. Depuis 1995, « Transparency International » publie chaque année l’indice de la perception de la corruption qui classifie les pays selon le degré de corruption perçu dans un pays. Pour l’année 2011, la dernière place (182e), désignant le pays plus corrompu de la planète,  a été occupée par la Somalie. À l’autre extrême, le Danemark, la Nouvelle-Zélande et  la Finlande ont été perçus comme les pays le plus transparents. Le Canada s’est trouvé en 10e position et le Mexique occupe la 100e position[i]. Comment peut-on expliquer cette différence? Quelles sont les origines de la corruption? Quelles sont les conséquences pour une démocratie?...

    La corruption joue un double rôle dans les sociétés qui en souffrent: la corruption est la cause et en même temps la conséquence de multiples problèmes sociaux. Dans les pays « non industrialisés », ce phénomène est devenu, au fil du temps, un composant permanent du tissu social. « La corruption se manifeste aussi bien dans les interactions sociales quotidiennes que dans les pratiques des administrations publiques et privées » (R. Bergalli, 1989). Les pratiques de corruptions sont tellement communes dans la vie sociale, politique et économique de ces pays que l’intérêt du gain est devenu l’intérêt le plus important pour créer des liens sociaux au détriment de n’importe quel autre intérêt. Quand diverses ONG internationales se questionnaient pourquoi leurs multiples efforts dans certains pays ne contribuaient-ils pas à améliorer la qualité de vie de ces peuples, la réponse fut déterminante : la corruption est omniprésente.

    Les origines et les conséquences

    Quand nous mentionnons  que la corruption fait partie de la vie quotidienne des individus, c’est parce que dans les sociétés moins favorisées nous sommes nés dans une culture où la corruption en fait partie. Nous ne venons pas au monde comme des individus corrompus, mais nous apprenons à la voir et à l’accepter comme un fait normal et naturel. Le trafic d’influence, la subornation, l’usage privé des biens publics, le détournement de fonds, le favoritisme et le népotisme sont des exemples qu’encourt une immense majorité de la population ». La question à laquelle nous réfléchissons est qu’est-ce qui nous motive à nous comporter de cette façon? La réponse est bien simple : l’argent.

    Dans un contexte historique et dans des états formés par des dictatures militaires ou communistes où la démocratie n’existe pratiquement pas et la pauvreté augmente considérablement, la corruption a fait son apparition afin de combler les intérêts et améliorer la qualité de vie des élites au détriment du reste de la population. « La faiblesse institutionnelle et sa transparence ont accru considérablement les inégalités et la soif de pouvoir et d’argent ». (Nouna et Rozier, 2010)

     La corruption est un virus social hautement contagieux qui se propage facilement, affectant principalement les pays ayant un écart profond de la répartition de la richesse. Ceci amène comme conséquence « la destruction de la vie institutionnelle, la dépréciation de la légalité et le triomphe de l’illégitimité et de l’immoralité ».

    La corruption au Mexique

    Difficile de croire que l’illégitimité, l’immoralité, le cynisme et l’égoïsme sont des valeurs existantes dans des pays se disant démocratiques. L’argent représente le motif et l’outil de ce crime. Les uns utilisent l’argent pour avoir du pouvoir, les autres l’acceptent parce qu’ils en ont besoin. Au Mexique, un cas qu’illustre bien cette idée est l’augmentation des groupes criminels dédiés au trafic de drogues et principalement celui appelé « Los Z ». Ce groupe criminel est né quand d’autres organisations criminelles dédiées au trafic de drogues ont recruté en 1999 des militaires qui provenaient des différentes unités d’élite de la Force Armée du Mexique et qui avaient reçu un entrainement militaire de la part de la CIA des États-Unis, de la Sayeret Matkal d’Israël et du GIGN de la France. Qu’est-ce qu’a motivé à ces soldats d’élite à se transformer en criminels? La réponse ne se justifie pas, mais malheureusement c’est le facteur qui déclenche le cycle : des mauvaises conditions de travail et salariales. Ces groupes ont atteint un pouvoir et une influence à très grand niveau grâce à des pratiques de corruption supportées par des politiciens placés aux différents niveaux des institutions gouvernementales. Ce n’est pas pour rien que le Mexique occupe la 100e place de la liste de « Transparency International » avec 3.0 pts. Nous sommes tellement habitués à vivre dans un système aussi dysfonctionnel que corrompu que plusieurs personnes se demandaient sur la possibilité de payer « Transparency International » afin nous faire apparaître dans une première place (Blague populaire concernant la corruption)…

    Au Canada, la corruption existe aussi. La différence est qu’au contraire des pays de tiers monde, le Canada possède des institutions gouvernementales plus solides et les conditions de vie de la population permettent que la conscience sociale priorise l’honnêteté, le respect et le bien-être collectifs par-dessus des besoins individuels. La corruption au Canada est dénoncée; dans les pays pauvres la réalité c’est qu’elle est acceptée.

    Avec une nouvelle génération plus consciente de la morale, la légalité et le désir de transformer le pays, le Mexique et tout pays souffrant de cette maladie sociale peuvent se redéfinir et réformer la conscience collective. La corruption est une maladie qui se combat avec une ferme volonté de l’éliminer. Mais tant qu’il y aura des dirigeants et politiciens sans  conscience du respect d’autrui et une tendance à subjuguer les plus fragiles de la société, il y aura de la corruption. Tant que la pauvreté continue à s’accroître, il y aura de la corruption. Tant que les pays ne transforment pas ni ne solidifient pas leurs institutions gouvernementales et ne les soumettent pas à des procédures transparentes, il y aura de la corruption. Tant que la société ne prendra pas conscience de la corruption et de ses lourdes conséquences qui peuvent détruire les sociétés, il y aura de la corruption. Tant que les principes fondamentaux de l’administration publique ne seront pas respectés, il continuera, malheureusement, à avoir de la corruption.

    La lutte contre la corruption s’avère longue et difficile, mais avec la persévérance, le travail collectif et l’éducation de la population, elle n’est pas impossible à gagner.