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  • # 2-Etienne Audet--Intégration économique des immigrants

     

    Bonjour à tous,

    Suite à l’écriture du blogue de l’un de nos collègues, j’ai voulu ajouter de l’eau au moulin sur l’épineuse question de l’intégration des immigrants. Ce qui était à l’origine un commentaire est devenu un blogue par souci de remettre les pendules à l’heure, du moins je le crois, sur un sujet complexe. Le vieillissement de la population est l’argument central pour justifier les fortes hausses d’immigration que connaît le Québec depuis quelques années. Dans le contexte d’une diminution de travailleurs et d’une augmentation de retraités, l’immigration se voit de plus en plus confier le rôle de relève économique comme en témoigne l’accroissement du taux d’immigration de 9,1% entre 2009 et 2010. Par ailleurs, le relèvement du seuil de 45 000 à 55 000 nouveaux arrivants par année pose la délicate question de la capacité d’accueil, la francisation et l’intégration économique des néo-québécois.   

    Les responsabilités politico-administratives en matière d’immigration dont nous avons collectivement décidé d’assumer sous l’éveil de la conscience historique ne datent pas d’hier. Il est bon de s’en rappeler quelques-uns. Le premier ministère de l'immigration vu le jour en 1968. De cette initiative découla l'Entente Couture-Cullen de 1978 permettant au Québec de choisir ses immigrants économiques selon ses critères propres. Puis, en 1979, une grille de sélection des immigrants fut mise sur pied avec une connaissance de la langue française comme critère numéro un. Finalement, l'accord Gagnon-Tremblay-McDougall de 1991 confia au Québec la responsabilité totale de l'accueil et de l'intégration de ses nouveaux arrivants. Ces initiatives et bien d’autres ont permis au Québec d’assurer son développement social et économique. Aujourd’hui, les immigrants constituent près de 15% de notre population totale avec ses quelques 900 000 habitants. De ces immigrants, selon l’étude publiée en février dernier par le CIRANO, le centre interuniversitaire de recherche en analyse des organisations, (Immigration au Québec : politiques et intégration au marché du travail; 2010), 68% ont été choisis pour leurs compétences professionnelles et en fonction d’un besoin de main d’œuvre spécifique sur le marché de l’emploi, le plus haut taux au Canada. Près de 50% des immigrants d’au moins 25 ans et plus sont détenteurs d’un baccalauréat universitaire, contrairement à seulement 16% pour les natifs du Québec, et 40% ont une connaissance des langues anglaise et française.

    Malheureusement, en dépit d’un fort taux de scolarisation et de maîtrise des deux langues officielles, le Québec est en queue de peloton en matière d’intégration économique de ses immigrants. Ainsi, toujours selon cette étude du CIRANO, le taux d’emploi des nouveaux arrivants en 2009 était de 70%, le plus bas à l’échelle canadienne. Pis encore, l’écart d’emploi entre les natifs et ceux-ci était le plus accentué, traduisant une différence d’emploi de 11% entre les deux groupes. Inversement le taux de chômage était le plus élevé de la fédération, atteignant 12,5 %, soit 6% plus élevé que leurs homologues des autres provinces. Finalement, le taux de surqualification des immigrants au Québec survole les 40% alors qu’il est de 20% pour les natifs.

    Les raisons évoquées chez les immigrants en termes de difficultés sont nombreuses : problème de langue, le manque d’emplois disponibles, absence de contacts dans le marché de l’emploi, discrimination (le Québec remporte la palme à ce niveau si on en croit l’étude du CIRANO), manque de recommandation de la part d’un employeur canadien et corporatisme, la non-reconnaissance des compétences acquises à l’extérieur du Canada et le manque d’expérience de travail dans le marché du travail canadien. Le mythe populaire veut que nous connaissons déjà les mesures à prendre pour réussir cette intégration économique : reconnaissance des compétences, publicité plus «réalistes» des conditions d’emploi, facilitation des équivalences professionnelles, conscientisation auprès des employeurs, renforcement des programmes d'insertion en emploi sous forme de stages en entreprise par exemple, accentuer les campagnes de sensibilisation contre la discrimination raciale ou ethnique ainsi que, selon le CIRANO, diffuser davantage le Programme de l’expérience québécoise visant à faciliter l’obtention de statut de résident permanent à un étudiant étranger.

    Pourtant, si l’on en croit l’ouvrage de Guillaume Marois et Benoît Dubreuil sur la stricte intégration économique, le remède imaginaire : comment l’immigration ne sauvera pas le Québec, le portrait mérite d’être fortement nuancé, à commencer par la thèse centrale : l’immigration ne peut pas freiner le vieillissement de la population. L’impact relatif des immigrants sur l’économie dépend de la performance des immigrants. Or non seulement leur performance est largement inférieure, mais leurs revenus sont généralement bas ce qui entraîne un accroissement du fardeau fiscal. En effet, depuis les années 1980, aucune cohorte d’immigrants n’a rejoint la moyenne canadienne. Dans un autre ordre d’idées, les chiffres avancés sur le nombre d’emploi à combler dans le futur sont biaisés selon les auteurs par le fait qu’ils ne prennent ni en compte la prolongation de l’âge de travail ni la déduction des jeunes étudiants. À partir de ce constat, plusieurs d’arguments avancés par les immigrants pour leur difficile intégration économique méritent eux aussi d’être relativisés. J’en mentionnerai trois. D’abord la reconnaissance des diplômes. Seulement 10% des immigrants ont besoin de se faire reconnaître par un ordre professionnel pour exercer leur profession et parmi ce pourcentage, 85% sont reconnus par leur ordre. Par ailleurs, trois problèmes surgissent face à la reconnaissance des compétences. Au premier chef il existe un problème de qualité lié aux variations importantes des systèmes d’éducation d’un pays à l’autre. Ensuite se trouve un problème de pertinence attribuable à l’inadéquation des enjeux administratifs et légaux à l’échelle locale ou nationale. Au dernier chef, les barrières linguistiques traduisent un manque de maîtrise de la langue et donc de communication en général. Dans une économie du savoir où l’assimilation et la compréhension d’informations complexes et diverses est de plus en plus requise, les non-immigrants restent désavantagés face aux natifs. À ce propos, selon une enquête internationale sur l’alphabétisation des adultes, les compétences en littératie et en compréhension de textes sont moindres chez les immigrants, d’où une certaine réticence des employeurs. Dans la même veine, et deuxièmement, le nouvel arrivant qui étudie tôt au Québec et qui a une connaissance de la culture, de la langue et des institutions a d’aussi bons résultats que les natifs. La discrimination à l’embauche existe, bien sûr, mais elle n’est pas un facteur explicatif déterminant. D’un point de vue sociologique, aussi, l’obtention d’un emploi n’est pas qu’un processus formalisé. Elle fait appel à des concours qui nécessite une capacité de communication qui, dois-je le rappeler, n’est pas à l’avantage des immigrants, et se réalise souvent sous recommandations personnelles et par l’aide de réseaux de contacts.

    Bref, les obstacles traditionnellement avancés par les immigrants en termes d’entrée sur le marché du travail québécois doivent être remis en contexte. Je veux cependant être clair : la question n’est pas ici de savoir si l’on doit diminuer ou non le nombre d’immigrants par année, même si le seuil de 45 000 est nettement supérieur, par prorata, à ce que la France et les États-Unis reçoivent. Nous devons plutôt nous demander comment nous pouvons remplir les devoirs politiques et administratifs que nous nous sommes collectivement mandatés. Car si l’obtention de pouvoirs supplémentaires en matière d’intégration est un geste d’émancipation nationale honorable en soi, nous ne pouvons en rester-là : encore faut-il bien saisir la complexité des enjeux que sous-tendent ces pouvoirs. Les questions relatives à la francisation, la capacité d’accueil (sur lesquels les lignes me manquent pour me pencher) et l’intégration économique des nouveaux arrivants doivent être posées urgemment dans le civisme et l’intelligence. Le débat doit continuer pour le bien des tous les Québécois, natifs comme immigrants.