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La fièvre du samedi soir !

Claude Paquin, Groupe du jeudi matin

Publié pour la 2e fois.

La fièvre du samedi soir

Signe d’un temps nouveau, le gouvernement du Québec vient d’accorder un prêt de 75 millions de dollar via Investissement Québec à la famille Molson pour finaliser l’achat des Canadiens de Montréal.  Revenons en arrière de quelques années si vous le voulez bien.  En 1995, Marcel Aubut, faute d’avoir un support des différents paliers de gouvernement (selon lui), doit se résoudre à vendre les Nordiques de Québec à des intérêts américains qui vont transférer la concession au Colorado.  Près de 10 ans plus tard, soit en 2004, les Expos de Montréal sont également vendus à des intérêts américains qui vont déménager l’équipe à Washington.  Nous voilà en 2009 et le vent semble vouloir tourner.  Les trois paliers de gouvernements (fédéral, provincial et municipal) viennent de créer un partenariat pour aider à ramener le grand prix de F1 à Montréal en 2010.  Le gouvernement provincial est disposé à offrir un prêt de 100 millions à des investisseurs majoritairement québécois qui voudraient ramener une équipe de la LNH à Québec.

Certains sont en faveur de ce type d’intervention de l’État et d’autres sont complètement en désaccord.  Je fais partie de ceux qui croient que d’investir dans le sport est une excellente initiative dans la mesure où le placement est rentable et ce à plusieurs niveau.  Les différents acteurs qui critiquent ce point de vue le font à partir de facteurs économiques seulement et ne prennent pas en ligne de compte les autres avantages que cela procure à l’ensemble de la population.  Il faut aussi comparer cette participation financière avec d’autres interventions de la part de l’État.

Facteurs économiques $$$ :

Mis à part le fait qu’un prêt se doit d’être remboursé (donc le gouvernement récupère son dû avec intérêt), il y a plusieurs facteurs à considérer.  « Le gouvernement du Québec subventionne Bombardier notamment par l'intermédiaire des programmes de crédits à l'exportation et de garanties de prêt d'Investissement Québec (IQ). Selon ce que rapportait le quotidien Le Devoir le 14 novembre 2003, le soutien depuis 1996 totaliserait près de 1,6 milliard $ CAN (environ 1,17 milliard $ US) ».[1]  Bombardier est une compagnie privée au même titre que les acheteurs du CH, et pourtant on ne voit pas beaucoup de gens sur la place publique dénoncée cette aide gouvernementale avec autant de vigueur malgré la taille des investissements qui ne sont pas sous forme de prêts mais bien de subventions.  Donc, on ne récupère pas le montant de départ.  Je suis également d’accord avec ce type de mesure puisque Bombardier doit rivaliser dans un marché qui fait en sorte que l’État doit s’impliquer pour supporter l’économie.  Pour moi, ce sont les mêmes raisons qui motivent l’intervention du gouvernement pour garder « le contrôle (québécois) » sur les plus beaux fleurons de notre pays.  Ces compagnies font travailler beaucoup de gens qui eux paient à leur tour de l’impôt sur le revenu et des taxes à l’achat et dépensent dans d’autres secteurs d’activités qui font aussi travailler des gens qui eux aussi...  Simpliste me direz-vous mais c’est quand même la base de l’économie de marché.  Alors si l’on veut débattre de cela en lien avec les facteurs économiques, je crois qu’il faut avoir un regard macro-économique et prendre en perspective plusieurs éléments.  On se plaint que les joueurs de hockey font des millions et que de prêter de l’argent pour payer ces salaires mirobolants est insultant.  Pourtant, ces mêmes joueurs si grassement payés vont remettre une très grande partie de leur salaire en impôt au gouvernement.  Une équipe comme les Canadiens de Montréal à une masse salariale autour des 55 millions de dollars (pour les joueurs seulement).  Disons qu’ils paient 10-15 millions en impôts et taxes de toutes sortes, peut-on dire qu’un placement de 100 millions qui rapporte 15 millions instantanément est un investissement rentable ?  Avec du 15% de profit en plus des intérêts du prêt, je serais partant pour y investir un peu d’argent à titre personnel, pas vous ?

Facteurs sociaux :

Qu’est-ce qui rassemble le plus les québécois ?  Rappelez-vous la fièvre du printemps 2008 alors que le CH trônait au sommet de sa conférence.  Les drapeaux accrochés aux fenêtres des autos qui étaient introuvables ou presque dans les magasins tellement c’était la folie (encore des sous qui reviennent dans nos poches avec les taxes de vente), les restaurants bondés à pleine capacité le soir des matchs et l’enthousiasme provoqué par cette frénésie, apportait assurément du bonheur ou du moins de l’agrément à une majorité de québécois.  Sans compter, tous ces jeunes enfants (y compris le mien) qui se voient un jour dans le grand club et qui affectionnent tant notre sport national et les vedettes de l’équipe.  Qu’est-ce qui rassemblaient les familles le samedi soir au Québec il y a de cela une quinzaine d’années ?  Le hockey de la ligue nationale, et plus particulièrement la rivalité Canadiens-Nordiques.  Les enfants pratiquent ce sport notamment parce qu’ils peuvent s’identifier à des joueurs d’ici, de notre équipe et c’est un facteur non-négligeable.

Facteurs politiques :

Il est important de considérer les enjeux politiques de ces investissements.  Par exemple, la fameuse « Soirée du hockey » n’existe plus aujourd’hui, faute d’investissement à Radio-Canada.  Pourtant, « Hockey night in Canada », la même émission mais de description anglophone existe toujours.  Et si jamais le gouvernement devait investir pour les Nordiques de Québec, cela pourrait être considéré comme étant purement une tactique politique dans le but de soutirer des votes pour les prochaines élections. Puisque le Québec représente une bonne partie de l’électorat et peut faire en sorte de donner la victoire à un partie politique au fédéral et que la région de Québec aussi peut faire balancer le pouvoir au provincial.  En conclusion, il est clair que les finances publiques doivent être utilisées comme « outil principal de promotion et de développement de l’intérêt collectif »[2].  En ce sens, certains rétorqueront peut-être que le hockey de la ligue nationale ne fait pas partie de l’intérêt collectif.  Et bien, je leur répondrai par quelques questions et non par la bouches de mes canons : «  Combien de téléspectateurs y avaient-ils lors des matchs de la grande rivalité Montréal-Québec ? Combien d’argent circulait dans les restaurants et bars sportifs du Québec ces mêmes soirs (et donc retour en taxes) ? Combien d’employés travaillaient ces soirs là et payaient par le fait même de l’impôt sur leurs revenus ? »  Alors convaincu ?  Pas encore ?  Allez inscrire votre enfant au fan club des Canadiens et regardez bien son sourire s’illuminé lorsqu’il va recevoir le matériel du fan club, et là, vous serez peut-être convaincu.



[2] TREMBLAY, Pierre P. (dir.), L’État administrateur, modes et émergences, Sainte-Foy : Presses de l’Université du Québec, 1997, 423 pages.

 

Commentaires

  • Vu Claude,
    Prof

  • Parfaitement d'accord avec un investissement du gouvernement dans le sport professionnel. Je suis un des plus grand fan des Nordiques et je viens de Montréal. Vous comprendrez que je me suis fait écoeurer toute mon enfance par les partisans du Canadiens. Alors vitement un retour des Nordiques à Québec.

    Cependant les conditions que vous énumérez ne sont pas tout à fait juste. Avec les éléments soulignés (prêt de 100 millions du gouvernement) j'embarque mais ce n'est pas ce que demande le maire de Québec. Il veut un amphithéâtre de 350 millions financé à valeur de 300 millions par les gouvernements provincial et fédéral et 50 millions par le privé....C'est là que je n'embarque plus. Le maire Labeaume est en train de faire la même erreur que Marcel Aubut au début des années 90, il remet le financement uniquement aux gouvernements.

    À part le prêt consentie par le gouvernement provincial, personne ne paye pour le Centre Bell à part les Molson et leurs associés. On a assez payé avec le Stade, il ne faut pas refaire les mêmes erreurs. Le privé doit prendre le prêt de 100 millions et investir le reste. Avec des compagnies comme Videotron, Bombardier ou Power Corporation pour ne nommer que ceux-là, l'argent ne manque pas. Si ces grandes compagnies ne veulent pas plus investir (car 200 millions pour eux c'est de l'argent de poche pour nous) c'est peut-être parce que le projet n'est pas rentable.

    Lors des négociations pour le Grand Prix,le gouvernement et la Ville de Montréal ont été responsableen promettant des sommes selon la capacité de payer des contribuables et si ça ne marchait pas, ils se tournaient vers un autre événement. Peut-être qu'il est temps de faire le deuil d'une équipe de la LNH à Québec et trouver un autre événement d'envergure à moindre coût ?

    Ceci étant dit, vous avez raison en ce qui a trait aux retombées économiques. Mais encore plus au niveau des retombées sociales. Je rêve du jour où nous irons dans nos familles dans le temps des fêtes et qu'il y aura 2 affrontements Canadiens-Nordiques pour agrémenter les discussions autour de la tourtière......

  • Je dois préciser au départ que je suis un fervent amateur de hockey et un grand amateur de sport en général. Je n’étais pas un amateur des Nordiques, je dois l’avouer, mais je suis conscient que leur départ n’était pas une bonne nouvelle pour personne. En fait, ce départ signifiait la fin d’une belle époque qui avait mis à l’avant scène l’une des plus belles rivalités de l’histoire du sport professionnel. Cependant, ce départ avait une signification plus importante soit celle de la non-viabilité d’une équipe de hockey professionnel à Québec. Il s’agissait d’une démonstration de la capacité économique de la ville et de la région qui ne permettait pas de « faire vivre » une entreprise (pour ne pas dire, aventure) de ce genre. Aujourd’hui on parle de faire revivre le hockey professionnel à Québec? Alors, il faudra démontrer à la population en quoi la situation, qui ne le permettait pas il a 15 ans, à changée pour que ce soit viable maintenant. Voici quelques éléments qui me font dire qu’il s’agirait d’une erreur d’utiliser des deniers publics pour financer ce fameux retour.

    Tel qu’exprimé dans le commentaire précédent, on ne parle pas d’un prêt mais plutôt d’une subvention. Le maire Labeaume demande à Ottawa et Québec de mettre 350 millions de dollars sur la table pour construire un édifice afin d’espérer attirer une équipe de hockey. Ça fait un peu cher pour seulement espérer non? Même si cet édifice servira à d’autres fins (spectacles, congrès, etc.), sa vocation première sera de permettre la présentation de matchs de hockey. Si tel est le cas, le maire Labeaume ou les promoteurs potentiels doivent démontrer, études de marché à l’appui, comment il sera possible pour une équipe de hockey de rentabiliser un tel investissement. C’est ce qui fait défaut à l’heure actuelle. Aucune donnée n’est avancée pour convaincre les gouvernements et l’opinion publique du bien fondé d’investir des fonds publics.

    Toujours dans la même veine, vous faites allusion, M. Paquin, aux investissements gouvernementaux dans certains secteurs de l’économie dont, plus précisément, celui de l’aéronautique avec Bombardier. Comme vous le suggérez, il est possible de comprendre et calculer les retombées économiques qui justifient de telles décisions. Par contre, je crois qu’il est trompeur de faire un tel parallèle avec une équipe de hockey professionnel. Je m’explique. Bombardier fabrique des technologies (avions, trains, etc.) qu’il vend majoritairement à l’extérieur. Alors, cette entreprise réussit à aller chercher des capitaux étrangers, à l’échelle internationale, qui seront réinvesties dans l’économie locale, provinciale et nationale. Les gouvernements et la société constate alors un réel retour sur leur investissement. Dans le cas d’une équipe de sport professionnel, l’argent qui sera investi et qui contribuera à faire tourner la machine sera locale et régionale, en forte majorité. Ce ne sont pas les entreprises de New-York ou Beijin qui achèteront des loges à 200 000 dollars par année ou encore qui se paieront des publicités sur les bandes de la patinoire. Non, si cela arrive, ce sera les quelques entreprises de la région de Québec ou de la province qui en ont les moyens et qui dirigeront une partie des sommes annuelles prévues dans leur budget pour ce genre d’activités promotionnelles. Bien sûr, ces fonds qui étaient destinés ailleurs autrefois fera en sorte que des activités sportives, culturelles ou des organismes communautaires se retrouveront en sérieuse difficulté et ne pourront survivre. Il en va de même pour l’argent des citoyens qui décideront de consacrer un petit 200$ pour se payer une soirée au hockey plutôt que d’aller au cinéma, voir des spectacles, des pièces de théâtre, etc. Il ne s’agit que d’un simple transfert.

    Il serait dommage de voir les gouvernements succomber aux demandes du maire Labeaume qui semble omettre dans son raisonnement que l’une des raisons expliquant la vitalité culturelle de sa ville est justement l’absence d’une attraction qui monopolise toute l’attention et les ressources.

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