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  • Responsabilité populationnelle

     

                Un récent évènement de l’actualité, d’une tristesse indéniable, a secoué les lignes des tribunes téléphoniques et dans lequel les détracteurs de l’État-providence ont vu la preuve de son échec. Cet évènement est la mort de deux frères dont l’un était dépendant de l’autre, étant aux prises avec une déficience intellectuelle, et qui est mort, faute d’être en mesure de se nourrir et de s’abreuver.  Ce fait divers, outre le drame humain,  pose des questions d’ordre moral, éthique mais également, rationnel quant à la prestation des services publics en santé et services sociaux.

                Une première réaction de la population est la recherche d’un coupable, ce qui est fort humain. Le premier coupable identifié est l’État, matérialisé par un CSSS, qui, c’est vrai, porte la responsabilité populationnelle. Cependant, blâmer une institution, c’est chercher un coupable sans corps et sans visage. La rhétorique qui s’ensuit est un dialogue de sourds où blâmes et réactions de défense s’échangent entre le « représentant » des citoyens et le porte-parole de l’établissement : « Il n’y pas de service… », « Des services sont disponibles mais ces gens en n’ont pas fait la demande… ».  Fort probablement, la vérité sur les faits donnerait raison aux deux parties. Cependant, nous n’entendrons pas de réflexion sur les enjeux profonds de la problématique, les enjeux touchant davantage les valeurs sociétales. Un questionnement sur les faits amène une réponse rationnelle et une recherche de solution bureaucratique et protocolaire.

                Comment en est-on venu à une société qui compte sur l’intervention de l’État avant même de l’expression des solidarités sociales (famille, amis, voisins…)? Peut-on demander à une institution de jeter un regard protecteur sur l’ensemble des citoyens d’une région desservie sans un apport majeur des liens sociaux entre les citoyens? Dans le Rapport du Comité de travail sur la pérennité du système de santé et de services sociaux (Ministère de la Santé et des Services sociaux, site consulté le 13 septembre 2010), la question de la responsabilisation des citoyens, dans sa relation avec le système de santé de services sociaux est posée dès les premières pages. Le citoyen est considéré comme un partenaire à part entière du système de santé et de services sociaux. Cela implique une responsabilisation dans l’utilisation du système mais, à nos yeux, également, une responsabilisation dans la reconnaissance des limites de ce système. Une organisation ne peut pas remplacer les relations de proximité entre les citoyens. De plus, l’organisation a besoin de ces relations de proximité afin justement qu’il y est cette veille sur les plus vulnérables et que les services soient mobilisés lorsqu’un membre de la société a besoin d’une intervention.

                Nous pensons qu’un changement de culture s’impose. La prise en charge des plus vulnérables, par l’État, dans une société qui a prôné la désinstitutionalisation pose, disons, certaines zones contradictoires. Effectivement, nous avons établi que les gens aux prises avec différentes problématiques (déficience intellectuelle, déficience physique, problématique de santé mentale…) pouvaient vivre dans leur milieu. Nous avons accepté de vivre avec ce risque que la supervision, que les conditions de vie ne seraient pas parfaites. Nous avons prôné les questions de droits pour des gens qui étaient traditionnellement considérés comme des impotents. Ces droits concernent, entre autres, le pouvoir de refuser l’accès aux services de santé et services sociaux dans sa maison tant qu’il n’y a pas un danger immédiat pour la personne ou son entourage. Cela implique que des gens choisiront de vivre dans les conditions de vie qui ne correspondent pas nécessairement aux conditions de la majorité. Cela implique également que des familles prendront en charge un des leur, dans des conditions de vie qui ne correspondent pas aux normes populaires. Mais est-ce que les services de santé et les services sociaux doivent intervenir si une maison à franchement besoin d’être rafraichie et qu’il y a un bric à brac dans la cours. Est-ce une faillite de l’État providence si un de ses citoyens vit dans des conditions matérielles qui choquent le voisinage. Non, l’État ne peut pas tout faire, tout surveiller et ne doit pas tout faire, tout surveiller.

                  Dans ce type de tragédie, nous sommes tous responsables. Cette responsabilité concerne, dans un premier temps, notre difficulté à entretenir les liens sociaux. Nous exprimons un message contradictoire où le citoyen réclame sa liberté d’action tout en demandant à l’État d’être un substitut aux solidarités perdues. Nous le répétons, l’État peut encadrer (Lois, Curatelle…), il peut offrir une palette de services,  mais il ne peut pas être présent dans chaque chaumière.  L’État peut informer sur ses services mais ne peut pas prendre chaque citoyen, par la main, et le guider au CLSC ou au CRDI le plus près. Enfin, nous croyons que le geste le plus simple, le moins bureaucratique, le moins dispendieux sur les finances publique et le plus valorisant sur le plan humain est encore de regarder devant, derrière, sur les côtés, regarder les gens qui pourraient avoir éventuellement besoin de soutien et de tout simplement signifier notre présence, de jeter un œil et de porter attention aux changements d’habitudes. À partir de là, nous serons un partenaire de première importance de l’État dans sa mission de protection pour les personnes les plus vulnérables et nous serons un acteur de ce système de santé et de services sociaux. Nous pourrons peut-être parler de coresponsabilité populationnelle…

     

    Référence

    RAPPORT MÉNARD-QUÉBEC. [En ligne] http://www.msss.gouv.qc.ca/index.php

     

    Ugo Forget

    ENP 7328 (cours du jeudi pm)